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Le Rhône en 100 questions : 6-04 Les villes polluent-elles le fleuve ?

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Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.




Les dépenses associées aux systèmes d’assainissement urbain sont très importantes (entre 40 et 50 % du coût de l’eau distribuée). Elles évitent globalement l’apport de grandes quantités de polluants au fleuve. Les stratégies d’assainissement actuelles ne traitent cependant que certains types de rejets et certains types de polluants. Elles devront nécessairement évoluer si l’on veut redonner au fleuve la possibilité de retrouver un bon état écologique.

Sommaire


Qu’est ce qu’un système d’assainissement urbain ?


Les systèmes d’assainissement urbain répondent à deux fonctions principales :

  • gérer les flux d’eaux usées sans risque pour la santé des citadins, avec le minimum de nuisances (odeurs), et sans porter préjudice aux milieux naturels ;
  • gérer les flux d’eaux de ruissellement produits par les précipitations, en empêchant l’eau de résider longtemps sur des espaces où elle est indésirable et en limitant la dégradation des sols et les risques d’inondation lors des pluies violentes.

Pour atteindre ces objectifs, il est possible d’utiliser des systèmes collectifs (réseaux de collecte et stations d’épuration de grande taille) ou des systèmes non collectifs (aussi bien pour les eaux usées que pour les eaux pluviales). Dans la plupart des grandes villes du bassin du Rhône les systèmes collectifs dominent.


Quels sont les polluants dans les eaux produites par la ville ?


  • Les eaux usées d’origine domestique contiennent différentes substances polluantes : matière organique carbonée, azote, en particulier sous forme ammoniacale (urines), phosphore (excréments, lessives), bactéries ou virus pathogènes (excréments), mais aussi des produits introduits involontairement ou volontairement (pour s’en débarrasser) par les usagers dans le réseau d’égouts (médicaments, produits ménagers, peintures, diluants, produits phytosanitaires, etc.).
station d epuration de pierre benite
  • Les eaux de ruissellement pluvial sont également polluées, mais de manière différente, par d’autres substances : hydrocarbures, plomb, caoutchouc, oxydes d’azote, métaux divers provenant de la circulation automobile, sels de déverglaçage, dépôts atmosphériques divers d’origine industrielle (plomb, cadmium, zinc, chrome, solvants…), déchets solides multiples (débris végétaux, poubelles non étanches, nettoyage et balayage des places de marchés et des caniveaux, etc.), déjections animales, produits d’érosion des sols ou des matériaux de construction (zinc des toitures et glissières de sécurité), résidus du traitement de la végétation (désherbants, engrais, insecticides…).
  • Ces eaux peuvent être :

– soit gérées par deux réseaux différents (système séparatif), un pour les eaux usées vers la station d’épuration, l’autre pour les eaux de ruissellement rejetées au fleuve sans traitement lors des pluies ;
– soit mélangées dans un réseau unique (système unitaire) allant à la station d’épuration, une partie du mélange eaux usées – eaux pluviales étant rejetée sans traitement par des ouvrages spécifiques (déversoirs d’orage) lorsque le débit excède la capacité de transport du réseau (un diamètre de canalisation a un débit limité). En pratique, dans la plupart des villes, les systèmes sont mixtes, avec des zones collectées par un réseau unitaire et d’autres par des réseaux séparatifs.

deversoir d orage de grezieux la varenne 69
  • La pollution doit donc être envisagée de façon différente selon les situations

Pendant les périodes de temps sec, seules sont rejetées (normalement) des eaux traitées par unen station d’épuration.
Pendant les périodes pluvieuses, sont rejetées les eaux traitées par la station d’épuration, celles rejetées par les déversoirs d’orage (mélange eau usée – eau pluviale non traité) et celles rejetées par les réseaux séparatifs pluviaux (eaux de ruissellement).


Les systèmes actuels d’assainissement sont-ils efficaces ?


Des efforts considérables ont été effectués au cours des quarante dernières années, et l’on peut considérer que la plupart des villes sont aujourd’hui dotées de stations d’épuration capables de traiter l’essentiel des flux produits par temps sec. De plus, les taux de raccordement et les performances des réseaux collecteurs s’améliorent, les infiltrations et exfiltrations d’eau dans les réseaux sont de mieux en mieux corrigées.
Les rendements épuratoires des stations actuelles sont très bons sur les matières carbonées (DCO) et satisfaisants sur l’azote et le phosphore. Vis-à-vis de ces indicateurs, les flux rejetés directement par les exutoires pluviaux et les déversoirs d’orage sont faibles et on peut considérer, au vu du débit du fleuve, qu’ils ne dégradent que de façon infime la qualité du Rhône (ce n’est pas encore le cas de tous ses affluents). L’ensemble des problèmes n’est cependant pas encore résolu.

  • Les stations d’épuration ont un rendement faible, même par temps sec, d’élimination des germes pathogènes et des micropolluants organiques et minéraux, qui nécessitent des traitements spécifiques. Or ces polluants (également d’origine agricole ou industrielle), sont actuellement ceux qui dégradent le plus la qualité du fleuve.
  • Les risques de panne d’un élément du système ou d’arrivée accidentelle d’une pollution toxique sont toujours présents et peuvent conduire à sauter le traitement secondaire biologique, voire l’ensemble de la station et à rejeter des eaux mal ou non traitées.
  • Les hydrocarbures, les métaux toxiques et les produits phytosanitaires sont majoritairement contenus dans les eaux de ruissellement et rejetés sans traitement par les déversoirs d’orage et les exutoires pluviaux. La contribution urbaine à la pollution du fleuve reste forte pour ces indicateurs.


Quelles évolutions souhaiter pour diminuer les impacts sur le fleuve ?


Elles sont essentiellement tournées vers une meilleure gestion des rejets urbains de temps de pluie. Deux stratégies complémentaires doivent être utilisées :

  • Gérer localement les eaux pluviales en déconnectant les surfaces imperméables des réseaux d’assainissement. Les techniques alternatives au réseau, reposant sur le stockage local et/ou l’infiltration des eaux pluviales doivent être encouragées : toitures stockantes, micro-stockages locaux, chaussées à structure réservoir, tranchées de rétention ou d’infiltration, bassins de retenue sec ou en eau, etc.
    Ce type de solutions, d’un coût souvent inférieur à celle par réseaux, réduit les risques d’inondation et présente d’autres avantages : économie d’eau, recharge des nappes, création de paysages valorisables, rôle bioclimatique.
  • Traiter les rejets de temps de pluie, dont la pollution est très différente de celle des rejets de temps sec. Des techniques spécifiques reposant sur la décantation ou la filtration (y compris dans les procédés biologiques de type filtres plantés de roseaux) semblent économiquement et techniquement adéquates.
noue ou fosse d infiltration integre aux espaces verts
amenagement paysager porte des alpes

À ces mesures, s’ajoutent celles relatives à la préservation des potentialités naturelles d’acceptation des rejets par les milieux récepteurs. On n’oubliera pas en effet, qu’un rejet de station d’épuration, même aux normes, reste de qualité comparable à celle des rivières les plus polluées (classe rouge la plus mauvaise) et la comparaison s’applique tout autant aux rejets de temps de pluie. Seules, les capacités de dilution, d’auto-épuration et d’autodéfense des milieux aquatiques permettent de limiter les effets de ces
pollutions résiduelles.
D’où l’importance du maintien d’un débit minimum suffisant et d’un édifice biologique équilibré et diversifié (producteurs, consommateurs, décomposeurs) pour assurer ce service « de finition » gratuit, étant précisé que ce qui n’est pas « assimilable » arrive tôt ou tard à la Méditerranée.


Ce qu’il faut retenir


La plupart des villes installées sur les rives du Rhône et de ses affluents disposent de systèmes d’assainissement (réseau et station) performants qui éliminent une grande partie de la pollution carbonée produite pendant les périodes de temps sec.
La qualité du fleuve est cependant encore affectée par des rejets de substances, soit mal éliminées par les stations d’épuration, soit rejetées sans traitement pendant des périodes pluvieuses (hydrocarbures, métaux lourds, micropolluants
organiques).

Dans les années à venir les efforts devront porter sur la gestion des rejets urbains de temps de pluie en développant des techniques reposant davantage sur le stockage local et l’infiltration des eaux de ruissellement et des moyens adaptés de traitement.




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