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Le Rhône en 100 questions: 2-03 Quels sédiments transporte le Rhône ?

De Wikigeotech
le rhone en 100 questions multi579
Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.












Le transport des sédiments du fleuve a été modifié par les évolutions climatiques, par les extractions massives, par les aménagements successifs du fleuve (chenalisation au XIXe siècle pour la navigation, hydroélectricité au XXe siècle), par l’évolution propre de ses affluents (barrages réservoirs, etc.), et par l’occupation des sols de son bassin versant. Il convient de distinguer d’une part la charge de fond (sédiments grossiers), dont la mobilité s’est considérablement réduite, et d’autre part les sédiments fins qui circulent encore avec une relative abondance.


Sommaire

Le Rhône transporte différemment les sédiments selon leur taille


Les sédiments fins (sables fins, limons, argiles) sont transportés en suspension dans la masse du flot : ils se déplacent à la vitesse de l’eau, et ne mettent que quelques jours pour rejoindre la mer depuis leurs montagnes d’origine. Les sédiments grossiers (galets, graviers et sables grossiers) se déplacent par roulement sur le fond. C’est un transport lent en moyenne (de l’ordre de 1 km/an), facilement interrompu dès que la pente diminue. Les graviers du Mont-Blanc n’ont pas encore atteint la mer depuis les dernières glaciations, car le Rhône n’a pas fini de réalluvionner les espaces dégagés par les glaciers qui atteignaient Lyon.
etude globale du rhone

Le transport de graviers par charriage s’est presque arrêté


Les apports de graviers par les affluents se sont réduits, dans la seconde moitié du xxe siècle, à la suite des évolutions climatiques (effets différés de la fin de la période froide du petit âge glaciaire – qui a culminé au xviiie siècle), du reboisement des hauts bassins, mais surtout de la multiplication des prises d’eau et barrages réservoirs sur les affluents et des extractions massives de granulats, utilisés pour la construction (remblais ou béton). Ces prélèvements ont représenté souvent plusieurs siècles d’apport. Le lit des affluents s’est abaissé et le transit des graviers a été souvent totalement interrompu (Durance aval, Isère, Arve, etc.). Par ailleurs, la fixation des berges par les digues et enrochements limite les possibilités d’érosion latérale des lits des cours d’eau.

Sur le Rhône, l’aménagement hydroélectrique a réduit la capacité du fleuve à transporter les graviers :

  • dans les Vieux-Rhône (tronçons court-circuités), les débits capables de déplacer les graviers ont été réduits par les dérivations. Les volumes annuels transportés ont été divisés par un facteur 15 à 100 selon les sites.
  • dans les retenues, la pente motrice est en temps normal trop faible pour permettre le déplacement des graviers. Seules les périodes de crue permettent le transit, mais le volume annuel moyen est là encore réduit dans de fortes proportions.

Le transit par charriage atteignait naturellement près de 400 000 m3/an à l’entrée du Bas Rhône. Aujourd’hui il ne dépasse guère 40 000 m3/an dans le meilleur des cas. Le constat global est ainsi celui de la stabilité. La réduction de la capacité de transit sur le Rhône a été accompagnée de la réduction des apports.


Le transport de sédiments fins s’est réduit depuis un siècle, mais reste important


Le transport des sédiments fins n’est vraiment perturbé que par les grands barrages réservoirs (Serre-Ponçon, Vouglans…). Les barrages de basse chute (la plupart des aménagements du Rhône, les retenues de la moyenne Durance, etc.) ne perturbent guère le passage des sédiments fins. La politique de restauration des terrains en montagne conduite depuis 1880 a aussi réduit à la source la production de sédiments fins. Les estimations donnent un transit à Arles de l’ordre de 10 millions de tonnes/an de sédiments fins aujourd’hui, contre 20 millions de tonnes/an dans les années 1950 et peut-être 30 millions de tonnes/an à la fin du XIXe siècle.


Ce qu’il faut retenir


Aujourd’hui, en l’absence d’apports de graviers, ce sont les limons qui façonnent la plaine alluviale du Rhône. Avant les aménagements du XIXe siècle, le Rhône disposait d’un lit très mobile façonné par les graviers. Les éventuels dépôts de sédiments fins sur les berges étaient repris au gré des crues par érosion latérale. Avec la raréfaction des apports de graviers et sa chenalisation, le lit du fleuve est aujourd’hui figé. Les dépôts de sédiments fins sur les berges se produisent comme avant, mais ne sont plus repris (sauf crue exceptionnelle). Ils tendent donc à s’accumuler.




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