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Site des Ruines de Séchilienne, Isère

De Wikigeotech

Sommaire

Contexte

Dans le cadre de l'Analyse Intégrée de Résilience Territoriale (AIRT), action de l'un des chantiers 2012 du CGDD, des retours d'expérience sur des sites où les risques sont avérés ont été effectués. La présente page détaille un de ces retours d'expérience. Le site choisi est celui des Ruines de Séchilienne dans l'Isère.

Présentation du territoire

Les Ruines de Séchilienne se situent au sud-est de Vizille, à une vingtaine kilomètres de Grenoble. Elles correspondent au versant du Mont Sec, situé en rive droite de la Romanche, à l'extrémité sud-ouest du massif de Belledonne.

La Romanche est un cours d'eau à régime de crue rapide et est endiguée sur la presque totalité de son linéaire. Sa divagation n'est possible que localement. L'emprise du lit mineur est bien connue et quasi fixe. Le lit majeur par endroit relativement étendu est déjà globalement urbanisé et industrialisé.

La route nationale 85 relie Bourgoin-jallieu, dans l'Isère, à Golfe-Juan dans les Alpes Maritimes. Au droit de la bourgade de Vizille, au sud de l'agglomération grenobloise, elle se scinde en deux itinéraires, l'un en direction de Gap et au delà vers la côte d'Azur – c'est la route Napoléon, l'autre qui permet l'accès au massif de l'Oisans et au col du Lautaret, via la RD1091 (ex RN91).

Cette dernière serpente dans la vallée de la Romanche, profondément creusée par les glaciers, dont certains secteurs sont encaissés. Les moyennes et basses vallées ont toujours représenté des enjeux économiques considérables : agricole dans la plaine de Bourg d'Oisans, industriel dans la basse vallée où s'est développée l'industrie hydroélectrique avec notamment l'implantation de plusieurs centrales hydrauliques, enfin la chimie avec plusieurs entreprises situées à Jarrie, au sud de Grenoble. La route départementale 1091 est l'itinéraire d'accès aux stations prestigieuses de l'Alpe d'Huez et des Deux Alpes. Lorsqu'on franchit le col du Lautaret, on redescend sur le briançonnais avec là encore des stations renommées comme Serre-Chevallier.

Présentation de l'évènement

Le site des Ruines de Séchilienne est connu depuis plusieurs siècles pour ses chutes de blocs. Divers témoignages remontant aux 18ème, 19ème et début du 20ème en attestent.

Le phénomène n'est pas un glissement de terrain proprement dit mais, selon les scientifiques, « une rupture interne progressive » par fracturation. Cette instabilité s'explique en premier lieu par la nature géologique du massif et sa décompression lors du retrait du glacier de la Romanche après la dernière glaciation, laquelle a provoqué l'ouverture de fractures puis l'affaissement du sommet du Mont Sec. Deux autres facteurs viennent accentuer cette instabilité : l'eau, qui s'infiltre dans les différentes fractures du sol (alors que comme son nom l'indique, le Mont Sec ne comporte ni sources, ni ruisseaux) et qui cause des variations de pression et est à l'origine du phénomène gel-dégel qui fait éclater la roche la forte pente du versant qui constitue un facteur moteur du mouvement

Au cours de l'hiver 1985-1986, une recrudescence des chutes de blocs, dont certains finissent leur course à proximité d'un abri bus situé en bord de l'ancienne route impériale 91, créent un émoi parmi quelques habitants de l'Ile Falcon, un des hameaux de la commune de Saint Barthélémy de Séchilienne. Dans les années 70, ce hameau s'est progressivement peuplé, d'abord avec la construction de plusieurs lotissements, puis avec l'arrivée de gens provenant du nord de la France (plutôt des urbains) qui ont trouvé du travail à proximité (Vizille, implantations EDF dans la vallée de la Romanche, site chimique de Jarrie …) et qui ont pu bénéficier d'un prix du foncier attractif.

Les habitants n'en restent pas là et alertent le maire, mais aussi les pouvoirs publics, le Préfet, la DDE avec l'espoir qu'une solution soit trouvée pour contrecarrer la phénomène. Les pouvoirs publics alertés se retournent vers le RTM, l'université de Grenoble, les scientifiques, pour qui c'est un cas d'école : « un sujet à la mesure de la démesure » (maire de Saint Barthélémy de Séchilienne). H. TAZIEFF, appelé sur le site, dit ce que l'histoire va retenir : « il y a un risque ». Or, on ne savait pas définir le risque, ni le quantifier, ni le qualifier. Tout cela ne fait que surenchérir l'angoisse chez les familles, dont certaines ont déjà des problèmes d'ordre familial ou financier. Certaines ne se plaisent pas dans la région. Les gens veulent être protégés, et comme souvent à partir des années 1980, attendent que soit recherché un coupable. Les familles (2/3 d'entre elles sur les 94) « se fédèrent par les cailloux » au travers de plusieurs associations et se sentent spoliées – on les a autorisés à construire. Essentiellement les nouvelles familles. Elles se considèrent déjà victimes alors que l'évènement ne s'est pas produit.

Sur le plan de l'approche des conséquences de l'aléa, les chiffres s'emballent : des quelques dizaines de milliers de m3 qu'on estimait à l'origine pour l'éboulement, on passe à 2 millions, 3, 5, 20, 50 et même le chiffre de 100 millions de m3 est mis sur la table ! L'annonce de ces chiffres finit par vraiment installer la peur chez les habitants de l'Ile Falcon.

Problématiques majeures retenues

  • Définition d'une stratégie si l'évènement se produit
  • Protection des biens et des personnes, en tout premier lieu, ceux du hameau de l'Ile Falcon
  • Prendre en compte le problème au delà du seul territoire de l'aléa
  • Mieux qualifier et quantifier le risque, le paramètre probabilité, et ses conséquences sur un territoire plus large
  • Elaboration d'un plan d'action pour le moyen terme

Enjeux et vulnérabilités du territoire

  • Assurer la sécurité des personnes a constitué l'enjeu prioritaire – habitants de l'Ile Falcon – le hameau étant sous la menace directe du risque de rupture du barrage naturel formé consécutivement à l'éboulement des Ruines. En aval, c'est même la localité de Vizille et au delà les plate-formes chimiques de Jarrie et Pont de Claix qui seraient atteintes par une vague déferlante.
  • L'inondation de plusieurs captages situés au Péage de Vizille serait également très dommageable dans la mesure où les eaux captées aujourd'hui constituent un des apports en eau potable pour la région grenobloise.
  • La coupure de la route nationale (puis départementale) 91 ne permettrait plus l'accès le plus direct à la moyenne et haute vallée de la Romanche. De fait, accéder aux stations de ski de l'Oisans et du Briançonnais deviendrait plus compliqué avec un itinéraire par le plateau matheysin et le col d'Ornon beaucoup plus long en distance et en temps, ce qui sans aucun doute serait dissuasif pour nombre de vacanciers qui privilégieraient alors d'autres lieux de villégiature. L'impact économique pour ces stations serait alors conséquent si l'itinéraire n'était pas rétabli dans des délais maitrisés.
  • Les trajets pendulaires qui intéressent de nombreuses personnes habitant dans la vallée en amont du site et qui travaillent sur le bassin grenoblois seraient également très impactés par l'aléa.

Actions menées en faveur de la résilience territoriale

Les parades techniques

Plusieurs mesures visant à réduire les conséquences d'un éboulement de grande ampleur ont été envisagées depuis 1985 :

  • On dévie la route nationale 91 qui passait initialement au pied du versant des Ruines pour la reconstruire (1,5 km) sur la rive opposée de la Romanche franchissant deux fois la rivière via des ponts Baylet
  • On érige un merlon pare blocs en 1986 en rive gauche de la Romanche (conçu pour contenir un éboulement d'1 million de m3)
  • On réalise la même année un chenal de dérivation de la rivière entre la nouvelle route et le merlon pour permettre l'évacuation d'une partie des eaux en cas d'éboulement dans le lit mineur
  • On construit un peu plus tard une galerie de reconnaissance (1999-2000) de 1,9 km dans le versant faisant face aux ruines qui pourrait également servir de dérivation des eaux en cas de formation d'un barrage naturel dû à l'éboulement

Mais 25 ans après les premières mesures mises en oeuvre, la route d'accès aux moyenne et haute vallée de la Romanche et à l'Oisans n'est pas à l'abri de chutes de blocs et d'un éventuel débordement de la rivière en cas d'éboulement de grande ampleur. Afin de réduire davantage la vulnérabilité du territoire, de nouvelles parades sont définies, qui s'appuient sur les dernières études réalisées, modélisations en particulier:

  • Une nouvelle déviation d'une longueur de 1,5 km va être construite par le département (mise en service courant 2014) pour garantir davantage la sécurité des automobilistes et empêcher la coupure de l'itinéraire
  • Une parade hydraulique est également étudiée et s'inscrit dans le cadre plus large de protection de la moyenne et basse vallée de la Romanche d'une crue centennale. Cette parade prend en compte le risque concomitant de la pointe de crue centennale et d'un éboulement de 3 millions de m3 monophasé (situation considérée aujourd'hui comme la plus défavorable).

La gestion de crise

Un plan de secours est rapidement mis sur pied. En terme de gouvernance, le Préfet de l'Isère réunit une fois par an les élus de la vallée, les services de l'Etat et du Conseil Général, les collectivités locales et les communes directement concernées, les associations et organismes divers, les industriels. Cette Commission Locale d'Analyse et d'Information sur le Risque Sechilienne (CLAIRS) permet de faire le point sur l'avancement des études et sur les connaissances et au final de prévenir le risque. Le collège d'experts, créé en 2000 et composé de spécialistes en sols, roches, mouvements gravitaires et hydrauliques, est sollicité à cet effet. C'est ce collège composé de 6 personnes avec à sa tête Marc PANET et financé par la Direction Générale de la Prévention et des Risques qui a produit 3 rapports « Panet » qui montrent que la menace la plus probable est un effondrement d'environ 3 millions de m3 en une ou plusieurs fois. Aujourd'hui, le collège exploite les données relevées sur site et fournies par le CETE de Lyon et se réunit 2 fois par an.

  • Le Plan de Secours Spécialisé (PSS) Séchilienne est mis en place en 2004 pour faire face spécifiquement au risque. Il prend en compte un certain nombre de phénomènes et de conséquences issus de l'aléa : projection de blocs, nuage de poussières, inondation du fond de vallée, risque de vague, atteinte des captages d'eau en aval, rupture de la liaison routière avec l'amont de la vallée et l'Oisans. Il prévoit des modalités en termes de gestion et d'information avec différents niveaux d'alerte et des préconisations d'actions à enclencher par les services, acteurs locaux, industriels … Ce plan a déjà fait l'objet de mises à jour.
  • Le Plan de gestion de l'Oisans, élaboré en liaison avec les principaux acteurs concernés, et en tout premier lieu les maires, et approuvé en 2005, a pour objectif de faire face à toute situation de blocage de la RD1091, lié ou non aux ruines de Séchilienne. Il prend notamment en compte les aspects durée prévisible du blocage, période de l'année (été, hiver, affluence touristique …) et l'hypothèse de blocage d'autres accès.
  • Le Plan Communal de Sauvegarde (PCS) prévoit l'organisation à mettre en place autour du maire et prépare les outils opérationnels permettant de préserver la sécurité des populations, des biens et de la sauvegarde de l'environnement face à un événement de sécurité civile, quelle que soit sa nature. L'élaboration de ce plan a été rendue obligatoire pour les 7 communes situées à proximité de la zone des Ruines (amont et aval). Les autres communes susceptibles d'être impactées d'une manière ou d'une autre par les conséquences d'un éboulement à Séchilienne n'ont pas l'obligation d'élaborer un PCS. Pourtant quelques unes se sont dotées de cet outil. Des exercices de mise en situation sont organisées périodiquement dans le cadre de ce PCS (exercice d'évacuation ou de confinement dans les écoles).

La surveillance du site

Le versant concerné par l'aléa a été très vite instrumenté pour suivre l'évolution des mouvements. On confie à l'université de Grenoble et au CETE de Lyon dès 1985 la surveillance et le suivi du site dont le budget atteint aujourd'hui environ 500 k€ par an. Le système de surveillance est complété et amélioré au fil des ans avec des dispositifs de plus en plus sophistiqués :

  • extensomètres (capteurs permettant de mesurer l'écartement des fractures)
  • appareils laser permettant de mesurer des distances à partir de cibles réparties sur le versant
  • appareils radar permettant de mesurer des distances à partir de trièdres réflecteurs, radars qui fonctionnent, quelles que soient les conditions météorologiques

L'ensemble des données est géré informatiquement et peut être visualisé via un SIG. Lorsque des seuils de vitesse (déplacement et écartement des fractures) sont atteints, l'alerte est donnée et l'expertise des scientifiques est sollicitée. Si ces derniers estiment qu'un phénomène de grande ampleur peut survenir, alors la Préfecture et les services sont informés et le cas échéant, le PCS peut être activé. Une instrumentation complémentaire a été mise en place dernièrement pour réaliser des mesures destinées à mieux connaître la structure interne du massif et à comprendre l'origine profonde des mouvements.

L'expropriation du hameau de l'Ile Falcon permise par une évolution législative

Très vite après la caractérisation du risque, les pouvoirs publics réagissent. On stoppe ainsi l'urbanisation (loi Montagne le permet). La surenchère des chiffres qui s'emballent pour le volume de matériaux qui pourrait descendre du versant et obstruer la vallée ne fait qu'inquiéter encore plus la population locale. Les compagnies d'assurance déclarent ne plus vouloir assurer les biens exposés sur le hameau de l'Ile Falcon. L'expropriation va débuter en 1997 sur le territoire de l'Ile Falcon (115 ha) avec un hameau qui comptait 94 maisons, une papeterie en cessation d'activité (Rhodia), une centrale EDF automatisée et des équipements publics et se poursuivre jusqu'en juin 2011, avec le départ des dernières familles. Les personnes expropriées ne sont pas allées très loin en règle générale (rayon de 20 km), en raison notamment de la localisation de leur lieu de travail.

L'évolution de la réglementation de l'urbanisation dans la vallée de la Romanche

De même que les scénarios d'éboulement ont été progressivement revus à la baisse, les zonages du risque ont évolué au cours du temps : l'urbanisation est aujourd'hui réglementée par le Plan de Prévention du Risque d'Inondation (PPRI) Romanche aval dont la prescription de 2011 est venue abroger l'arrêté de prescription initial de 2005. Cette « réévaluation du risque » est consécutive à de nouvelles modélisations établies récemment avec un nouveau modèle qui ont permis de définir l'aléa de référence avec précision. Le territoire de vulnérabilité de fait s'en trouve limité, à ceci près que certains habitants de Grenoble se sentent encore menacés : c'est du ressenti . La question de l'incertitude est prise en compte dans la mesure où les hypothèses retenues sont les plus sécuritaires. La concertation importante menée par le SYMBHI lors de la présentation des travaux hydrauliques a été l'occasion d'une acceptation des mesures par la population et les élus face au risque de concomitance des deux aléas (rupture du barrage naturel occasionné par l'éboulement et pointe de la crue centennale). Il y a pour ainsi dire déni de l'aléa d'occurrence inférieure à une fois tous les 30 ans.

En mars 1998, le maire de Saint Barthélémy de Séchilienne fait voter un plan de re-dynamisation de la commune selon 3 axes forts :

  • reconstruire rapidement les équipements publics présents ur l'Ile Falcon (groupe scolaire, annexe mairie, équipements sportifs et bibliothèque) – les aides de l'Etat et du CG38 vont permettre de lancer un marché de définition; le cabinet retenu propose un schéma qui précise les pistes de travail et la localisation des futurs équipements. Ce fil conducteur servira plus tard à l'élaboration du PLU
  • lancer le POS, le schéma directeur de l'eau et le schéma directeur d'assainissement et la carte des aléas – en 2000, ces documents sont réalisés excepté le POS, qui avec la loi SRU, devient le PLU, d'où la reprise de la procédure. Le PLU devient réalité aujourd'hui avec une enquête publique prévue pour janvier prochain. 2013 sera également l'année des travaux de réfection des réseaux d'eau potable, d'assainissement et des réseaux secs
  • redonner un deuxième souffle à la commune sur le plan de l'urbanisation et sur le plan économique et réfléchir sur le devenir de l'Ile Falcon – avec l'expropriation des habitants de l'Ile Falcon, la commune qui a perdu le 1/3 de sa population a vu ses rentrées fiscales baisser dans la même proportion ! La suspension « provisoire » de certains permis de construire (dictée par le risque), la mise en oeuvre laborieuse du schéma d'assainissement n'ont pas contribué à cette re-dynamisation pourtant nécessaire – les travaux qui seront entrepris dans les prochains mois sont salutaires : « s'il y a pas d'assainissement, il n'y a pas non plus de permis de construire » (maire de saint Barthélémy de Séchilienne).

La plaine de l'Ile Falcon va servir de champ d'inondation et fera partie du périmètre d'expansion des crues. L'évaluation environnementale qui a été réalisée permet d'envisager de classer la zone en ENS (espace naturel sensible) en mettant l'accent sur l'aspect biodiversité.

Autres éléments

  • A l'international, le territoire considère le risque comme « ça va arriver » et non pas « ça arrivera peut-être et si ça arrive ... ». On construit la politique de prévention et la résilience du territoire sur cette approche. La gestion post-catastrophe est intimement liée à la résilience dans la mesure où la capacité du territoire à revenir à la situation à peu près normale est connue avant.
  • L'aspect social de l'effet du risque est souvent occulté. On se préoccupe plus de l'aspect matériel, financier. L'aspect social échappe aux constructeurs après la catastrophe : doit-on reconstruire à l'identique ou saisir l'opportunité pour reconstruire différemment (réaménagement plus durable, développement économique). Trop souvent, en France, on subit le risque comme une contrainte, et non comme un élément de la vie du territoire qui peut offrir des opportunités pour la gestion et l'aménagement du territoire. Le risque n'est pas considéré comme une opportunité pour réinventer le territoire. On fait les choses généralement après l'évènement. « En France, on a les notes de musique, mais pas la partition » (IRMA).
  • Dans la résilience, il y a également le souci de maintien des services vitaux. A côté de l'approche structurelle, classique, les dimensions organisationnelle et fonctionnelle sont à considérer. Exemple dans les PPR, le bâtiment est vu en tant que construction mais pas suffisamment comme faisant partie d'une organisation, d'une structure plus large, avec un rôle, une fonction. Les services déconcentrés ont tendance à travailler de manière cloisonnée, avec d'un côté les gens qui s'occupent du risque, et de l'autre, ceux qui travaillent sur l'urbanisme. « On ne va pas voir les pompiers pour construire des bâtiments dans un quartier susceptible d'être affecté par un aléa » (IRMA).
  • Perception du risque et de sa probabilité : L'évènement, aussi improbable soit-il, à une échelle inter-générationnelle peut finalement se produire. Dans une approche de résilience, se pose la question de comment on le gère. « Depuis Fukushima, on change de paradigme; on ne peut plus ignorer l'évènement peu probable, hautement improbable. Les évènements extrêmes ne sont pas à considérer de la même manière. Il faut fournir les bons curseurs » (IRMA).

Enseignements

Sur la communication relative à la mise en évidence d'une situation de risque

Dans le cas d'un événement qui ne s'est pas produit, dès lors que la notion de risque avéré est divulguée, il est très difficile de maîtriser ce qui va se passer. Bien que l'on ne sache pas au départ définir le risque, ni le quantifier, ni le qualifier, les pouvoirs publics et acteurs locaux doivent prendre des mesures destinées à protéger les biens et les personnes. Les inquiétudes, réactions des riverains concernés par le phénomène, les avis des scientifiques qui ne convergent pas toujours et qui ne disposent pas de données alors suffisantes, les communications des médias se télescopent et peuvent rapidement conduire à une escalade et à de la surenchère dans l'appréciation du risque et des conséquences de l'aléa. Dans un deuxième temps, cela peut produire des conséquences sur l'importance et la nature des mesures de réduction. Comment gérer ? Quel niveau de conscience du risque et de responsabilisation des acteurs ?

> Préconisation: organiser la mise à l'agenda politique de la question du risque en contrôlant la diffusion d'information relative à l'aléa. Dès lors que la puissance publique se saisit de la question du risque, elle devra organiser les conditions de réalisation de l'expertise technique et citoyenne éventuelle dans les conditions qui évitent la surenchère autour des conséquences potentielles du risque.

L'information et la communication sur le risque avéré, sur les mesures qui sont décidées, sur leur mise en œuvre, sont fondamentales. Il est primordial que cette communication officielle soit encadrée et son contenu partagé par les différents acteurs.

> Préconisation: dans la lignée de la préconisation précédente relative à la communication sur la découverte d'une situation de risque, la puissance publique se dote d'un plan de communication de nature à assurer la transparence des opérations de suivi tout en se prémunissant contre toute surenchère médiatique ultérieure. Il faut que chaque acteur joue son rôle et uniquement le sien pour éviter toute confusion et/ou conflit qui pourrait conduire à la non acceptation de l'aléa.

Sur la prise en compte d'une situation de risque dans les documents d'aménagement, de planification et de prévention

  • Il faut que les communes se dotent de cartes d'aléas, de documents de planification qui prennent en compte les aléas , de plans communaux de sauvegarde (maire de Saint Barthélémy de Séchilienne), en n'oubliant pas de valoriser le bénéfice des mesures de protection (ex: autoriser les constructions).
  • Dans le cas de ce type d'évènement ou non évènement, la solidarité intercommunale n'est pas toujours au rendez vous. Le maire de la commune où se situe le territoire de l'aléa et son équipe sont souvent bien seuls pour faire face au problème, à ce qu'il faut entreprendre, et pour écouter, rassurer et accompagner habitants et riverains dans les démarches.
  • L'appréciation du périmètre des différents territoires (aléa – vulnérabilité – résilience) n'est pas le même chez les acteurs rencontrés. Il y a besoin de conforter ce que recouvrent ces définitions.

> Préconisation: Intégrer, au moment de l'élaboration ou de la révision des documents de planification ou de prévention les conditions de la prise en compte de la gestion du risque naturel et de son anticipation. Ceci peut passer par:

  • l'organisation des conditions de la solidarité intercommunale, seule à même de faciliter le travail d'appréhension et de gestion des conséquences d'une situation de risque avéré pour l'élu local.
  • une représentation partagée des différentes échelles de la résilience territoriale (aléa-vulnérabilité-résilience), en les mettant en relation avec la ou les échelle(s) de projet mises en évidence sur le territoire

une élaboration participative

Sur les actions à entreprendre

> Préconisation: entreprendre très rapidement les études au niveau qu'il convient pour mieux approcher l'aléa et ses conséquences. Croiser avec des investigations terrain voire des travaux pour valider les hypothèses émises par le calcul. Dès lors que le risque est affiché, recenser de façon exhaustive toutes les personnes sous la menace de l'aléa, définir les moyens de les évacuer, définir des itinéraires de secours et réfléchir aux parades pour les transports et les zones habitées.

Sur les difficultés

  • Difficile de toucher les populations qui ne sont pas directement impactées par l'aléa
  • La non information ou le manque de communication peuvent conduire au ressenti de vulnérabilité pour ces populations
  • Gestion de l'urgence et besoin de se justifier

La notion de résilience – la perception et la gestion du risque -la gestion post-catastrophe

Il est nécessaire de bien définir ce qu'est la résilience et que cette notion soit bien partagée par tous. A côté de cette notion, il y a la gestion de crise, puis « comment on retourne à la normale ».

> Préconisation: Identifier et caractériser tous les segments qui composent les gestions « de crise » et « post-catastrophe » afin de dresser un diagnostic territorial de l'état de la prévention et la gestion du risque et dans un deuxième temps identifier les points faibles et forts au regard de la résilience qui aura été préalablement définie

Du fait des disparités en terme de probabilité de survenance :

> Préconisation: établir un référentiel pour les différentes sortes de risques qui préciserait les occurrences à prendre en compte et s'appliquerait au territoire national (en regardant également sur ce qui se passe à l'international)

Mettre en regard la résilience avec les pratiques nationales et internationales :

> Préconisation: l'exploitation et la diffusion des enseignements des retours d'expérience doit être améliorée, intensifiée. Cela passe par des outils d'évaluation des enseignements qui sont capitalisés. Na pas limiter le REX à l'hexagone, en particulier pour les risques technologiques.

Références

Fiche résumé réalisée par Adeline Bordais (CGDD-DRI) sous l’initiative et la relecture de Jean-Michel Tanguy (CGDD-DRI) ; à partir des travaux de la version complète de Patrick Landry (CETE de Lyon). 18/08/2014.

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