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Réseaux d'alimentation en eau potable et réseau d'égout de la ville de Paris

De Wikigeotech

Eugène Belgrand fut un très grand ingénieur. Sous les ordres du baron Haussmann - préfet de Paris -, il mit à profit les grands travaux d'urbanisme réalisés par le préfet, pour installer sous les voiries un réseau d'égout qui permettait à tout riverain de ces nouvelles infrastructures, de se raccorder directement et d'évacuer ainsi ses effluent. Le réseau d'eau potable était également à créer de toutes pièces, puisque les parisiens buvaient à l'époque l'eau de Seine, produisant toutes les épidémies mortelles qui ont marqué l'histoire de la capitale.

Sommaire

Le réseau d'égouts de Paris conçu par Belgrand

Nous devons à Eugène Belgrand, ingénieur du XIXème siècle, les égouts de Paris ainsi que le réseau d'eau potable, comme l'aqueduc de la Vanne et celui de la Dhuis, les réservoirs de Montsouris et de Ménilmontant. Jean-Louis Lamberdière nous donne un éclairage sur quelques réalisations originales de ce grand ingénieur.

Le baron Haussmann et l'ingénieur Belgrand (1810–1878) ont reçu de Napoléon III mission d'embellir et d'assainir Paris. Ils entreprennent alors des travaux d'envergure pour doter Paris d'un réseau d'eau potable et d'un réseau d'assainissement.

En 20 ans Belgrand a fait construire quelque 330 km d'aqueducs ainsi que les réservoirs de Ménilmontant et de Monsouris.

Belgrand a également réalisé le système d'égouts de Paris en gravitaire (pas de pompage), avec les moyens de maintenance et de contrôle appropriés. Ce réseau a été conçu avec les dimensions suffisantes pour faire passer le téléphone et la distribution de l'eau potable. Au total, le réseau des égouts de Paris est actuellement constitué de plus de 2 400 km de galeries qui sillonnent la ville. Pour surveiller ces ouvrages et les nettoyer, des équipes d'égoutiers parcourent tous les jours le réseau. Les eaux usées charrient des déchets dont une partie se dépose dans les égouts. Ainsi, ce sont quelque 5 700 m3 de résidus (appelés " bâtards " par les égoutiers) qui sont extraits chaque année du réseau. En service normal, l'absence d'électricité et le confinement des lieux ne permettent pas, pour des raisons de sécurité, l'usage des moteurs. Ce sont donc principalement les techniques assez remarquables mises en place au XIXe siècle par l'ingénieur Belgrand qui sont toujours en vigueur :

  • Un réservoir de chasse, dispositif de nettoyage permanent généralement situé en tête de chaque égout élémentaire, se remplit automatiquement avant de libérer brutalement l'eau retenue. Le flot ainsi créé nettoie une portion d'égout. L'eau utilisée est de l'eau non potable.
  • D'autres techniques plus spécifiques et remarquablement intelligentes, permettent de nettoyer les conduites qui passent en siphon sous la Seine. Ces conduites de 1,50 m diamètre sont nettoyées en utilisant une boule de bois de 1,35 m de diamètre, qui est injectée dans le collecteur après arrêt du débit. Après mise en charge de l'effluent, la boule est poussée vers l'aval par la seule force du courant et par l'effet de la turbulence, heurte dans sa progression, par un mouvement de battement, les parois du collecteur dont elle décolle les matériaux agglomérés.
  • Hors siphon, les collecteurs sont curés au moyen de bateaux-vannes ou de wagons-vannes en fonction de leur taille.

Depuis quelques années, la Section de l'Assainissement de Paris - service technique de la Ville de Paris utilise également d'autres matériels : des jets d'eau à haute pression sont manœuvrés par les égoutiers pour nettoyer les petits égouts les camions de pompage extraient par aspiration les sables piégés dans les bassins de dessablement installés le long des collecteurs, puis transportent ces sables vers des centres de traitement spécialisés.

Le réseau d'eau potable réalisé par Belgrand

Les grandes caractéristiques du réseau d'aqueducs construit par l'ingénieur Belgrand qui alimentent Paris en eau de source sont présentées dans ce clip. D'un diamètre de 1,8 m à 2 m ces aqueducs acheminent les eaux des sources extérieures à la capitale de manière gravitaire avec une pente moyenne de 10 cm par kilomètre. Remplis à mi section, la vitesse du courant y est de l'ordre de 2,5 km à l'heure. Cette eau de source met ainsi 2,5 jours pour atteindre Paris depuis les captages les plus lointains. Tous les kilomètres, il existe une lanterne pour contrôler depuis l'intérieur l'état de l'aqueduc à partir d'une barque en bois qu'on laissait filer pour permettre une inspection visuelle. Les dégradations étaient signalées par l'agent embarqué qui tirait sur une corde, indiquant ainsi la distance du problème par rapport à la lanterne amont par laquelle il était descendu dans l'aqueduc. Le Pavillon de l'eau expose des spécimens de très vieux tuyaux en bois datant du XVème siècle emboités et liaisonnés entre eux avec de l'argile pour assurer l'étanchéité. La pompe de la Samaritaine alimentait d'ailleurs les fontaines par ce type de tuyaux. L'utilisation du bois permettait de ne pas retenir le calcaire contrairement aux tuyaux plus anciens en terre.

Captage des eaux de source et transport vers les réservoirs de Paris

Le réseau d'alimentation en eau de Paris s'étend sur plus de 150 km au-delà de la capitale. Jean-Louis Lamberdière nous présente les aqueducs qui ont été construits par Belgrand pour capter les eaux des sources à l'extérieur de Paris et les amener dans les réservoirs. Les eaux potables issues des différentes unités de production d’Eau de Paris sont dirigées vers cinq réservoirs principaux. En fonction du lieu de résidence, les Parisiens bénéficient ainsi de l'eau de rivière potabilisée, ou de l'eau souterraine prélevée du côté de Provins, Sens, Fontainebleau, Montreuil-sur-Eure ou de Verneuil-sur-Avre. Les réservoirs peuvent aussi recevoir un mélange d’eau de surface et d’eau souterraine. La diversité des unités de distribution contribue à sécuriser l'approvisionnement Dans la partie sud-est de Paris, l'aqueduc de la Vanne réalisé par Belgrand collecte la source de la Bouillarde et la source d'Argentière situées à 150 km du point d'arrivée à Montsouris. L'aqueduc de la Vanne a été réalisé en 1862, celui du Loing en 1890 et celui de l'Ouest parisien en 1900. Les eaux de sources, d'excellente qualité à l'époque de Belgrand, sont maintenant aggressées par les pollutions d'origine agricole : excédents de nitrates provenant d'engrais et excédents de phytosanitaires. Pour assurer à l'usager une eau potable de la meilleure qualité, les eaux de source transportées par les aqueducs, passent en usine de filtration suivant leur provenance, soit à Sorques (sud-est de Paris), soit à La Haÿ-les-Roses (sud de Paris), soit à Saint-Cloud (ouest de Paris). Après traitement elles sont stockées dans des réservoirs. L'évolution de la concentration ou de la teneur en chlore est un indicateur de la qualité des eaux jusqu'au robinet. Elle est suivie au travers de 200 points de contrôle. La norme en vigueur impose le maintien d'une concentration de 0,1 – 0,15 ppm au robinet. Sachant que les eaux restent dans les réservoirs 4 à 5 jours, ceci nécessite d'injecter à la sortie des usines et avant entrée dans les réservoirs des concentrations de chlore de 0,5 ppm. La seule contrainte qui résulte de l'utilisation du Chlore reste l'odeur du chlore à la consommation. La meilleure recommandation pour éviter cette gêne est d'agiter et de laisser la bouteille d'eau s'aérer pendant de 3 heures dans le réfrigérateur. Les techniques de purification ont beaucoup évolué ces dernières années vers des traitements par ozone ou par ultraviolet. Le chlore n’intervient plus dans le processus de traitement, mais plutôt pour garantir la potabilité de l'eau.

Bibliographie

  1. « L'usine d'Auteuil, mise en scène de l'Eau à Paris », Henri Bresler SAGEP, 57 pages (non daté)
  2. « Baron Haussmann, Eugène Belgrand, textes choisis – l'Eau et Paris », Albin Michel, 150 pages (non daté)



Le créateur de cet article est Jean-Michel Tanguy
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