S'abonner à un flux RSS
 

Vague de froid en février 2012 en Europe - les rivières se couvrent de glace

De Wikigeotech
Version du 26 février 2013 à 10:38 par Jeanmi Tanguy (discuter | contributions)

(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)

Sommaire

Constat

L’Europe vient de connaître en ce début d'année 2012 une vague de froid, qui provenait essentiellement d'un anticyclone très puissant sur le nord-ouest de la Russie, a apporté de l’air continental trés froid et s'est maintenu pendant la première quinzaine de février.

carte des temperatures le 10 fevrier 2012

Ce froid, caractérisé par des températures de l'ordre de -30 degrés dans le centre de l'Europe et dans les Balkans a provoqué le décès de nombreuses personnes et généré sur les rivières et les lacs, l'apparition et le développement de couverts de glace, empêchant la navigation et obligeant de nombreux bateaux à prendre refuge.

Conséquences en Europe

Vague de froid sur l'ensemble de l'Europe

Tous les pays européens sont touchés par la vague de froid qui sévit depuis plusieurs jours. Particulièrement virulent dans l'Est de l'Europe, le froid a fait 131 morts en Ukraine, où près de 2.000 personnes ont été hospitalisées. Les températures y sont descendues jusqu'à -21°C en journée et -30°C dans la nuit de vendredi 10 à samedi 11 février.
En Pologne, 53 victimes ont été recensées, la plupart étant des sans-abri. En Serbie, le bilan dimanche 3 février faisait état de neuf morts et un disparu. En Roumanie, on compte 34 morts et 16 personnes sont décédées en Bulgarie. Sur le reste de l'Europe ( Lituanie, Lettonie, République tchèque, Autriche, Croatie, Grèce...) on dénombre une cinquantaine de décès. En Russie, ce sont plus de 12.000 personnes qui ont été privées de chauffage (sources journalistiques)

Conséquences sur les voies d'eau

Sur le Danube, principale voie navigable du continent, le trafic fluvial était interrompu vendredi 10 février sur des centaines de kilomètres en Autriche, Croatie, Serbie et Bulgarie, puis ce fut le cas en Hongrie et en Roumanie. Des blocs de glace atteignant 50 cm d’épaisseur flottaient à la surface du Danube, paralysant la circulation sur la principale voie navigable commerciale d'Europe. A Belgrade, les pouvoirs publics ont annoncé avoir abandonné pour l'instant l'option d'utiliser des explosifs pour dégager la glace.
Les glaces ont envahi les cours d'eau européens. Enveloppées d’un manteau neigeux les agglomérations de Berlin et de Hambourg flirtent, malgré un grand ciel bleu, avec des températures frôlant les -15 degrés C.

vue aerienne de l elbe en glace a hambourg
emprise photo aerienne

Les photographies suivantes ont été prises à Hambourg :

patinage sur l aussenalster a hambourg
couvert de glace sur l elbe a hambourg
bateau pris dans les glaces
couvert de glace homogene sur l elbe
brise glace en action sur l elbe
pont sur l elbe a hambourg

Quelques explications sont nécessaires :

  • Haut - gauche : Patinage sur Aussenalster qui constitue un lac au cœur de la ville de Hambourg a été ouvert aux patineurs car l'épaisseur de glace était au moins de 15 cm. C'est la première fois en 15 ans que ce lac hambourgeois est assez gelé pour permettre aux amateurs de sports de glace de s'y rassembler.
  • Haut - centre : ce bief de la rivière Elbe est complètement couverte de glace fracturée, due à l'influence de la marée
  • Haut - droite : bateau pris dans les glaces dans les chenaux latéraux non influencés par la marée. La glace est transparente, uniforme (lépaisseur était de l'ordre de 20 cm)
  • Bas - gauche : couvert de glace uniforme à Hambourg dans une zone non influencée par la marée
  • Bas - centre : brise-glace en action sur un bras de l'Elbe dans la zone portuaire (à partir du siège de IBA Hambourg)
  • Bas - droite:

En complément, les deux photographies ci-dessous montrent à gauche une vue de l'Aller à Wolfbourg. Les plaques de glace en provenance de l'amont sont entrainées vers l'aval sous l'effet du courant. Les températures ne sont pas suffisamment basses pour générer un couvert homogène. A droite, un bateau sur l'Elbe à Hambourg après le passage du brise-glaces.

couvert partiel sur l aller a wolfsburg
bateau sur l elbe couverte de glace


Conséquences en France

Du 1er au 13 février, la France a connu une vague de froid exceptionnelle. En conséquence, et malgré des températures plus proches des normales durant la seconde quinzaine, la température moyennée sur l’Hexagone et l’ensemble du mois a été inférieure de 3.9 °C à la normale. A l’échelle de la France, ce mois de février se positionne au quatrième rang des mois de février les plus froids depuis 1947. Il faut remonter à février 1986 pour trouver un mois de février aussi froid en France. Sur le Sud-Ouest, il se classe au second rang derrière le mémorable mois de février 1956.

Avec la prédominance de conditions anticycloniques, février 2012 a été extrêmement sec. Sur la moitié sud du pays, les cumuls de précipitations représentent généralement moins de 20 % de la normale et sont à peine plus élevés sur la moitié nord. Durant la première quinzaine, ces précipitations se sont principalement produites sous forme de neige.

Formation de couverts de glace en rivière

L'installation de la vague de froid dans la nuit du 4 au 5 février a pour conséquence de produire de la glace dans les canaux à petit gabarit des bassins du Nord-Pas-de-Calais, de la Seine et du Nord-Est, qui a provoqué des arrêts de la navigation dus aux glaces.

Dans les jours qui suivirent, la température a continué à diminuer provoquant une augmentation de la production de glace et l'arrêt de la navigation sur d'autres canaux. Les épaisseurs de glace mesurées atteignaient 10 à 15 cm par endroit.

  • Le 7 février, le CMVOA annonce que 100 km du réseau navigable à grand gabarit sont désormais impraticables en raison du gel croissant et 1740 km du réseau secondaire sont également touchés par les glaces.
  • Le 9 février, quelques 100 km du réseau navigable à grand gabarit demeurent impraticables et 2550 km du réseau secondaire sont également touchés. Les épaisseurs de glace continuent d'augmenter : elles atteignent 20 à 30 cm (sur la Moselle notamment). Les brise-glaces sont en action : secteur de Metz/Apach, sur la Saône. Plusieurs bateaux sont stationnés en refuge sur la Moselle.
  • Le 10 février, c'est plus de 200 km du réseau navigable à grand gabarit qui sont impraticables : 70 bateaux sont bloqués par les glaces. Sur le réseau à petit gabarit, c'est environ 2550 km de voies qui subissent un arrêt de la navigation et environ 90 bateaux sont bloqués.
  • Le dimanche 12 février, soit une semaine après le déclenchement des grands froids, le Le centre ministériel de veille opérationnelle et d’alerte (CMVOA) donnait une liste des principaux canaux touchés
  • A partir du13 février, le froid commence à être privé de son alimentation qui provenait de Sibérie et de Scandinavie. Un redoux s'amorce lentement, ce qui devait permettre la fonte progressive des couverts de glace, qui vient faciliter l'action des brise-glaces.

Un descriptif plus précis a été réalisé grâce à l'exploitation des bulletins quotidiens de VNF.

Quelques dires d'experts

Les glaces de l’Arctique, notamment en mer de Barentz et en mer de Kara (au nord de la Russie) ont fondu, permettant  aux vents d’origine polaire d’atteindre l’Europe. Le climatologue Stefan Rahmstorf, de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Postdam, a ainsi déclaré au quotidien The Independant que l’hiver particulièrement rude que nous vivons ces jours-ci confirmait ce que ses modèles informatiques avaient prédit depuis des années : "les zones sans glace de l’océan Arctique réchauffent l’air, créant un système de haute pression près de la mer de Barentz, qui dirige les vents polaires froids vers l’Europe".
Des études de l’Institut Alfred Wegeneer de recherche polaire et marine en Allemagne et du National Snow & Ice Data Center aux Etats-Unis arrivent aux mêmes conclusions : le réchauffement climatique provoquera des hivers plus rigoureux dans nos régions.
Selon l' OMM, le réchauffement climatique fait partie des hypothèses étudiées pour expliquer le phénomène. Généralement, les experts observent sur l' Europe, en hiver, une succession de perturbations météorologiques classiques, caractérisées par une échelle temporelle d' une semaine à 10 jours. Habituellement les perturbations emmènent de la pluie mais les températures ne sont pas aussi froides qu'en ce début de février.
Les experts constatent un blocage de ces perturbations. Au lieu de circuler d' Ouest en Est, la masse d'air froid provenant des régions arctiques se dirige du Nord vers le Sud. Ce froid arctique est sec. Cependant on a noté des chutes de neige très importantes dans les Balkans (Serbie, Bosnie, Croatie). Début février, l' Algérie a connu des chutes de neige qui ont atteint 5 à 10 centimètres en 24 heures.
Actuellement les experts de l' Organisation Météorologique Mondiale (OMM) tentent d' identifier les éléments qui provoquent le blocage de cette masse d' air polaire. Plusieurs explications peuvent être prises en compte a déclaré Omar Baddour expert météorologique à l'OMM, « les changements météorologiques, les ondes planétaires souvent déclenchées par les océans (El Nino, La Nina) ou les mouvements de l' Arctique susceptibles de modifier les hautes pressions sur les continents et maintenir la masse d' air sibérien".



Le créateur de cet article est Jean-Michel Tanguy
Note : d'autres personnes peuvent avoir contribué au contenu de cet article, [Consultez l'historique].

  • Pour d'autres articles de cet auteur, voir ici.
  • Pour un aperçu des contributions de cet auteur, voir ici.


Outils personnels