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Le bassin versant de Saint-Clément en Savoie : un bassin multi-risques

De Wikigeotech
Version du 10 juillet 2013 à 12:52 par Jeanmi Tanguy (discuter | contributions)

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Sommaire

Le bassin de Saint-Clément à Albertville

Le colloque organisé par le réseau IDEAL les 26 et 27 juin 2013 à Alberville sur le thème de la gestion intégrée des risques majeurs comprenait une visite terrain le long du torrent de Saint-Clément sur la commune de Tours-en-Savoie, en suivant un parcours pédagogique d'une longueur de 3,7 km, construit pour sensibiliser le public et surtout le jeune public à la dynamique des torrents de montagne. En plus de l'aspect pédagogique, le parcours souligne l'effort des habitants pour se prendre en charge et rendre ainsi leur territoire plus résilient.
Cet itinéraire constitue l'une des mesures d'une démarche plus globale au niveau de la commune pour aider la population à mieux comprendre les risques naturels auxquels est soumis le territoire communal et pour rendre les citoyens en mesure de se prendre en charge lors de la survenue d'un événement important.

Localisation du bassin de Saint-Clément
Localisation du bassin de Saint-Clément - vue aérienne

Nous focaliserons notre intérêt sur le risque auquel est sujet le bassin versant et plus particulièrement sur les volets hydraulique et sédimentaire.

Vidéos + image centrale prises le 27 juin

Photographie du torrent le 27 juin 2013

Cette visite été conduite par le concepteur du parcours Olivier Cartier-Moulin (olivier.cartier@asterisques-consultants.com) , en présence de Florian Droyet, maire de Tours-en-Savoie, acteur essentiel dans la dynamique de son territoire. Nous avons reproduit ici les panneaux installés tout au long du parcours ainsi que les principales données techniques qui ont été gracieusement mises à notre disposition. Cependant, nous engageons le lecteur de cet article à parcourir le sentier à pied : il s'agit d'un site remarquable à ne pas manquer !

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Le bassin hydrologique de Saint-Clément

Vue du bassin de Saint-Clément vers l'aval

Ce bassin de montagne cumule plusieurs risques naturels :

  • les fortes chutes de neige produisent des avalanches ;
  • les fortes pluies, notamment les pluies orageuses, produisent des crues dans le torrent à l'origine d'inondations en aval ;
  • les très fortes pluies provoquent des glissements de terrain et érodent de grandes quantités de matériaux arrachés sur les pentes avruptes. Le mélange très dense en matériaux qui en résulte, appelé lave torrentielle (debris flow) s'écoule à grande vitesse vers l'aval, détruisant et entrainant tout ce qu'il trouve sur son chemin.

Dans les parties aval, les pentes s’adoucissent et les vitesses de l’écoulement diminuent, par le fait de l'évasement et de la grande quantité des dépôts de matériaux formant le cône de déjection : les matériaux les plus lourds se déposent les premiers et les plus légers atteignent la partie la plus aval du cône, dans la vallée.

Les laves torrentielles ont façonné ce bassin au gré des événements importants qui se sont produits dans le passé et continuent de le transformer de nos jours.

Génération des crues

La nature du revêtement des sols de ce bassin conditionne la concentration des écoulements (de neige ou de pluie) ainsi que les débits solides. Plusieurs facteurs agissent sur l'ampleur des crues :

  • l'état de la végétation. Par exemple au 19ème, les versants du bassin étaient très cultivés et n'étaient pas protégés par le couvert forestier comme actuellement. Une pluie un peu soutenue pouvait ainsi lessiver les terrains et générer des crues destructrices ;
  • le surpâturage des alpages met à nu les terrains
  • l'exploitation forestière, très développée au 19ème siècle représentait la source de revenus principale des communes de montagne. Elle a nécessité une vigilance accrue des autorités. Les bois étaient acheminés par flottage sur l'Isère (Voir photo ci-dessous)
  • les terres cultivées non revêtues

Tous ces processus produisent la mise à nu des terres qui sont ainsi érodées, provoquant l'apparition de crues torrentielles et d'importants dégâts sur le bâti, sur les cultures et les écosystèmes.

Sur exploitation des versants
Vue du versant depuis la RN90

La forêt permettait également de stabiliser le manteau neigeux. Sa destruction a donc à la fois amplifié les phénomènes de crues et d'avalanche.

Acheminement du bois par flottage (Collection du Musée d'Art et d'histoire d'Albertville)


Anthropisation des versants

La pression économique au 19ème siècle s'est accompagnée d'une densification de l'habitat, notamment sur le cône de déjection du torrent, c'est-à-dire en plein sur la trajectoire des crues. Plusieurs usines : scieries, forges, moulins et centrale de production électrique qui utilisaient la force hydraulique se sont également installées dans le lit mineur du torrent, mettant en danger leurs matériels et leurs équipements en cas de crues. C’est ainsi que se sont produites de nombreuses destructions de maisons et d’usines aux 18eme et 19eme siècles.

Stabilisation du profil en long du cours d'eau

Le fort transport solide qui prenait sa source en amont par érosion des versants et du fond du lit du torrent était donc très préjudiciable aux populations situées en aval. Le lit continuait à s'approfondir et de larges zones d’érosion étaient régulièrement activées par les crues du torrent, notamment celle dite du Grand Ravin.

Le lit du torrent avant la construction des seuils
Cascade de seuils ayant stoppé l'érosion et permis la reconquête de la végétation

Pour diminuer l'érosion en fond du lit, les services de la Restauration des Terrains en Montagne (RTM) commencèrent donc des travaux en 1937 avec la construction d'une succession de plusieurs seuils en enrochements maçonnés, dans la partie la plus à l’aval de la gorge du torrent de Saint Clément.

L'idée est de diminuer la puissance hydraulique du torrent et donc de réduire sa force abrasive sur les berges et sur le fond du torrent. La contrainte exercée par un courant sur le fond étant fonction de la pente ; si l'on diminue la pente, on diminue cette contrainte. Au vu de la pente longitudinale du fond, il n’était pas envisageable de construire un seul ouvrage dont la hauteur aurait été démesurée. Il a donc été décidé d’installer une série de seuils successifs de moindre hauteur (voir photo ci-dessous) Par cette action, les berges du torrent ont été stabilisées et ont pu ainsi se reboiser naturellement (voir photo ci-dessus).


Profil en long du torrent avec seuils


Cela a permis de réduire considérablement le transport solide mais ne pourra jamais empêcher totalement l’entraînement des matériaux superficiels par les pluies et la fonte du manteau neigeux dans la partie haute du bassin versant, comme en témoigne la couleur de l'eau dans le torrent le jour de la visite (27 juin 2013) qui s'est produite après un régime de pluviométrie relativement soutenu qui a accéléré la fonte des neiges comme le montre la photo en début d'article.

La résilience des populations

Après avoir subi plusieurs événements destructeurs, les populations ont pris conscience de la nécessité d’arrêter la déforestation et se sont résignées à reboiser les versants (voir figure du torrent dans sont état actuel et celle du versant déboisé). RTM a mené un politique incitative qui a produit de très nettes améliorations.
La population elle-même sous l'impulsion des autorités locales de l’époque représentées par le baron de Tours-en-Savoie, a également décidé de se protéger en construisant des « ouvrages passifs » pour diminuer l'impact des phénomènes naturels. C'est ainsi qu'en 1738, une digue en pierres sèches fut construite au sommet du cône de déjection pour détourner la trajectoire des crues et des avalanches et faire en sorte que ces phénomènes évitent le village. Malheureusement cette digue n'a pas empêché les crues d'atteindre à nouveau le village. Elle a été très souvent détruite puis reconstruite, ce qui conduit les autorités, à engager des travaux importants en 1855 pour détourner le ruisseau le long d'un axe qui passe au pied de la montagne et évite ainsi le cœur du village.

Déviation du torrent en pied de falaise

Le chantier des bénévoles (en 2010) qui a pris en main l'entretien des ouvrages de protection. Il s'est agi de restaurer la plage de dépôt contre les crues torrentielles, dont les points névralgiques, envahis par la végétation, ne pouvaient plus jouer leur rôle protecteur dans des conditions optimales.Ce chantier aura permis de pérenniser la culture du risque et rendre les habitants plus résilients par une prise en charge par eux-mêmes de leur territoire.

Conclusion

Ce parcours pédagogique explique très clairement les enjeux en matière de risques naturels de ce torrent de montagne. Ayant subi dans le passé de nombreux événements dévastateurs, notamment par la descente de crues torrentielles, les collectivités locales, l'Etat et les citoyens ont uni leurs efforts pour rendre ce territoire moins vulnérable. Mais cet outil remarquable va plus loin car il vise à informer et éduquer les habitants afin qu'ils comprennent bien les enjeux de ce territoire en matière de risque et prennent en charge leur défense contre les catastrophes naturelles. Ceci correspond en tout point au concept de résilience et à la gestion intégrée des risques naturels. Nous ne pouvons que rendre hommage à cette approche originale et éclairée de gestion des risques et recommandons fortement que cette expérience soit reproduite dans d'autres lieux avec le même succès.

Le créateur de cet article est Jean-Michel Tanguy
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Le créateur de cet article est Olivier Cartier-Moulin
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