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Le Rhône en 100 questions : 9-05 Le patrimoine naturel du réseau hydrographique du Rhône est-il autochtone ?

De Wikigeotech
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Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.










Quelle est l’origine du peuplement rhodanien ?


corbicula fluminea
Nous savons par les paléogéographes que du même creuset alpin sont issus le Rhône, le Rhin et le Danube, dont les sources sont très proches. Au cours des temps géologiques, de multiples échanges d’eau et donc de faune se sont produits entre les trois systèmes.
Louis Roule qui conçoit un fleuve comme « une vallée où s’unissent les lits de tous les affluents et… où tout agit et réagit ensemble,
le monde physique et le monde vivant », assimile le Rhône et le Danube à des couloirs de migration, pour les peuples comme pour la nature vivante, depuis les régions froides vers la chaleur du Midi.
L’hypothèse généralement admise est que la faune aquatique du Rhône proviendrait en majorité du haut bassin du Danube, soit par capture d’affluents au Tertiaire, soit après élimination de cette première invasion, par une reconquête post-glaciaire au Quaternaire.



  • Les poissons illustrent bien cette filiation, avec la perte des espèces les plus thermophiles (capable de vivre à des températures élevées) :

– des cinq brêmes du Danube, deux seulement ont pénétré dans le bassin du Rhône : la grande Abramis brama et la bordelière Blicca bjoerkna ; la Vimba vimba s’est arrêtée au Rhin ;
– parmi les percidés, les aprons ne se trouvent que dans le Rhône (une espèce) et dans le Danube (trois espèces), mais pas dans le Rhin durement frappé par les glaciations ;

– de même pour les goujons et les chabots, dont on vient de décrire de nombreuses espèces nouvelles, surtout dans le bassin du Danube.
L’abaissement de la Méditerranée et de la mer Noire, à la fin du Miocène (10 M.a.) puis à plusieurs époques interglaciaires (fin du Würm, il y a moins de 20 000 ans.), a mis en confluence plusieurs fleuves méridionaux, refuges d’espèces d’eaux tempérées et chaudes, constituant une autre voie d’invasion.

  • Pour les invertébrés comme les mollusques, crustacés et insectes, on reconnaît aisément des espèces jumelles dans des biotopes semblables (vicariance). Par exemple, le gastéropode Theodoxus fluviatilis qui comme son cousin T. danubialis abonde sur les gros blocs du fleuve.
    brochet peche dans une lone du haut rhone

Un espace ouvert à l’immigration ?


rhone court circuite de bregnier cordon
Le bassin du Rhône possède une faune originale par rapport aux autres bassins, avec quelques espèces endémiques, mais finalement jeune (puisque restaurée après le Würm) et très hétéroclite (parce qu’ouverte depuis dix siècles à toutes les invasions).
C’est d’abord la carpe, la tanche et tout le cortège de la faune et de la flore d’étangs qui furent échangés dans l’empire de Charlemagne. Puis le goût des animaux et plantes d’ornement rapportés par les explorateurs, jusqu’à la mode scientifique de l’acclimatation active de 1850 à 1950, compléta le bestiaire. Beaucoup d’espèces s’échappent en effet des « pièces d’eau », comme la curieuse méduse Craspedacusta sowerbyi apparue sous les nénuphars Victoria regia du Jardin des Plantes, et aujourd’hui présente dans les lônes du Rhône. À partir du xviie siècle, la navigation impose la percée de canaux reliant les rivières européennes : non seulement des espèces en profitent pour s’inviter dans la Saône, comme le sandre et le hotu (ou tunard des Lyonnais) passés du Rhin à la Marne vers 1910, puis à la Saône et au Rhône vers 1930.
Pour réduire le hotu qui pullulait vers 1960, on imagina de faire venir le huchon, gros saumon du Danube, à titre d’essai dans les Usses en Haute-Savoie, où il perdura jusque vers 1985. D’autres espèces profitèrent des bateaux pour se faire véhiculer très loin, ainsi la moule zébrée Dreissena polymorpha, originaire de la mer Caspienne, réussit-elle son invasion entre 1890 et 1920.

Plus récemment, ce fut le triomphe d’un autre gatéropode exotique Potamopyrgus antipodarum, de la renouée du Japon Fallopia japonica, de la corbicule, des diverses espèces de crustacés du genre Gammarus, etc. La liste s’allonge sans cesse.


Ce qu’il faut retenir


Le bassin du Rhône possède un patrimoine biologique original et un taux d’endémisme significatif qui justifie une action européenne de protection. Ouvert aux expansions spontanées ou provoquées d’espèces européennes dans un passé récent, il a également
assimilé sans problème grave un certain nombre d’invasions exotiques.
Aujourd’hui le bassin versant souffre d’un cloisonnement artificiel très néfaste, en ce qu’il ralentit les circulations migratoires et diminue les capacités d’autodéfense et de régénération de l’hydrosystème.



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