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Le Rhône en 100 questions : 7-06 Quels sont les milieux importants pour la vie piscicole ?

De Wikigeotech
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Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.











De part leur grande mobilité, leur capacité d’occupation et d’exploitation des milieux aquatiques, les poissons sont d’excellents indicateurs biologiques des habitats fluviaux. Comme les stades du cycle de vie de chaque espèce – embryon, larve, juvénile, adulte – exigent des ressources (alimentaires par exemple) et des habitats distincts, ces indicateurs sont particulièrement fins.


Plusieurs échelles emboîtées, à la fois temporelles (journalières, saisonnières, annuelles ou pluriannuelles) et spatiales (une rive, une alternance de mouilles et de radiers, les chenaux d’une plaine alluviale, l’axe fluvial entre deux affluents, voire le bassin versant) participent au bon déroulement du cycle vital. Il est aisé de comprendre que la vie d’un poisson est intimement liée à la connexion des différentes entités aquatiques du fleuve.

Le perpétuel remaniement du tracé des rives et des chenaux par les crues et le transport sédimentaire engendrent une grande
diversité de formes alluviales et un emboîtement de chenaux d’âges différents dans la plaine
fluviale. Cette hétérogénéité des milieux aquatiques et semi-aquatiques est maximale lorsque les liens dynamiques qui les associent sont conservés.
Ainsi, les déplacements latéraux du chenal principal et des bras secondaires actifs, puis la progressive déconnexion des chenaux jusqu’à leur total isolement, modèlent de nombreux habitats utilisés par les poissons. Cette diversité du paysage fluvial est source de richesse piscicole.


L’exemple du barbeau


[[Image:barbeau_fluviatile_[barbus_barbus].jpg|center|thumb|200px|barbeau fluviatile [barbus barbus]]]Le barbeau est un cyprinidé typique de nos eaux courantes ; l’une des quatre espèces repères de la description longitudinale des rivières. Le Rhône est une zone à barbeau sur la quasi-totalité de son cours. Comme il peut vivre vingt-cinq ans et atteindre 70 cm, son cycle vital démontre l’adéquation requise entre les habitats et les exigences des poissons. Les oeufs sont déposés sous les graviers dans une zone peu profonde et courante.
À l’éclosion, la larve ne mesure que 9 mm. Cachée dans les interstices du substrat, elle utilise ses dernières réserves vitellines pour atteindre 12 à 14 mm et quitter la frayère. Soumise aux aléas du courant, elle se retrouve en rive où de faibles vitesses lui
permettent de se maintenir malgré sa petite taille. Elle y trouve sa nourriture : phytoplancton, zooplancton et micro-invertébrés. Dans cet espace rivulaire favorable pour sa croissance estivale, le jeune barbeau atteint 30 à 80 mm en fin d’été.
Au cours des saisons de croissance jusqu’à sa maturité, le juvénile va réaliser ce compromis énergétique entre l’abri protecteur et la prospection alimentaire sur les fonds graveleux et courants riches en macro-invertébrés. À partir de sa quatrième année, s’il s’agit d’une femelle, sa croissance s’accélère en regard de celle d’un mâle. Il lui faut huit ans a minima – taille de 35 à 40 cm – pour effectuer sa première ponte alors que des mâles de trois ans seulement pourront féconder ses ovules.
À cette occasion, comme ses congénères du sexe opposé, elle peut migrer sur plusieurs kilomètres pour rejoindre une frayère. Sinon, son activité estivale quotidienne peut se limiter à moins de 200 m, alternant entre le repos diurne sous un abri ligneux et l’activité alimentaire nocturne sur le plus proche radier.


Existe-t-il vraiment des milieux indispensables ?… Demandez-le aux poissons !


  • Le premier est constitué par la rive. C’est une interface mobile, plus ou moins étroite, entre les eaux et la plaine alluviale. Le nombre d’espèces et les abondances augmentent avec l’hétérogénéité et le développement de la berge. Lorsque le nombre de chenaux latéraux augmente, le linéaire utile croît rapidement. Cette transition entre milieu aquatique et terrestre ou écotone offre une large gamme de profondeurs, de vitesses du courant et de granulométrie ; plus diversifiée encore en présence de végétation et d’embâcles. C’est une zone privilégiée de dépôt, de production et de transformation de matières organiques à l’origine des chaînes alimentaires. Ainsi des rives naturelles et hétérogènes sont-elles propices pour toutes les tailles de poissons, et constituent-elles le premier refuge pendant les crues.
  • Le chenal, suivant sa configuration en termes de profondeur, vitesse d’écoulement, nature du substrat, est également de première importance. Les chenaux courants de faible profondeur et de granulométrie grossière – radiers – constituent les zones préférentielles de nutrition et de fraie pour des espèces caractéristiques du Rhône (salmonidés et cyprinidés d’eaux courantes).
le chenal et ses rives
La libre circulation à large échelle permet la survie des espèces anadromes – alose, truite de mer, lamproie marine et esturgeon – qui remontent pondre en eau douce et passent l’essentiel de leur vie en mer. Cette circulation doit être à double sens pour assurer le retour en mer des juvéniles, parfois entrepris dans les premiers mois après l’éclosion. Les distances originellement franchies par l’alose feinte du Rhône sont à la mesure des migrations du saumon sur les grands bassins versants atlantiques.
Cette « liberté migratoire » concerne l’anguille, une espèce catadrome, dont les jeunes stades – les civelles – remontent et grandissent dans les eaux continentales, souvent très éloignées du littoral, avant de reprendre un long et unique périple, fluvial et marin, pour frayer dans la mer des Sargasses.Les migrations des espèces potamodromes (qui migrent dans les eaux douces du fleuve) sont moins spectaculaires, mais existent également, par exemple du chenal vif principal vers des chenaux secondaires ou des bras morts, ou vers les affluents les plus proches.
C’est le cas de la truite fario, de l’ombre commun et des cyprinidés lithophiles (qui déposent leurs oeufs dans les interstices des substrats minéraux – galets et graviers) barbeau, vandoise, hotu, toxostome, blageon, chevaine, spirlin – qui après des migrations plus ou moins longues, pondent dans les interstices non colmatés des graviers et des galets, oxygénés par le courant. D’autres
espèces, vivant dans des eaux lentes, sont capables d’effectuer de longs déplacements pour frayer dans des secteurs végétalisés. Il s’agit surtout des brèmes commune et bordelière, gardon, rotengle, tanche… mais aussi de la perche commune. Les oeufs sont déposés sur les plantes.
Par ses exigences, le brochet est emblématique des espèces phytophiles (ils collent leurs oeufs sur les végétaux) car le succès de la reproduction dans les lônes et les prairies inondées témoigne de l’intégrité du fonctionnement de la plaine alluviale.
  • Les annexes fluviales sont aussi des nurseries pour les jeunes stades, rejointes par une migration active ou passive. Les lônes jouent un rôle essentiel dans la productivité et la diversité piscicole de la plaine alluviale.
    En effet, le chenal principal est souvent assimilé à une « autoroute » du réseau fluvial par laquelle les populations d’adultes reproducteurs transitent vers l’amont et les nouvelles recrues colonisent les secteurs périphériques vers l’aval.
la morte du sauget un meandre au pied du bugey

la lone des chevres

  • Les lônes et affluents ont également des fonctionnalités saisonnières non associées à la reproduction. Ils peuvent être utilisés pendant la saison froide lorsque les poissons, inactifs du fait des basses températures, se protègent des aléas hivernaux.
    Pendant les grandes crues, véritables ouragans par la mise en mouvement du substrat et le remaniement du paysage fluvial, ou lors de pollutions massives, ils deviennent des refuges dont la taille et l’éloignement du bras principal sont des gages de protection efficace.
    Si les populations ont souffert, elles pourront se reconstituer depuis ces lieux privilégiés.


Ce qu’il faut retenir


Les poissons constituent d’excellents indicateurs biologiques de l’état écologique du fleuve, en particulier de la connexion des biotopes aquatiques.
Le bon déroulement du cycle de vie exige une diversité d’habitats fonctionnels pour leur alimentation, leur repos et leur reproduction.
Ces habitats, construits et régénérés par la dynamique fluviale, évoluent selon différentes échelles spatiales et temporelles.

Si l’intégrité et la diversité des rives, annexes et chenaux sont essentielles, c’est bien le maintien du lien dynamique entre ces composantes fluviales qui garantit le bon fonctionnement de ce vaste écosystème et la pérennité des peuplements piscicoles.



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