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Le Rhône en 100 questions : 7-05 À quoi les poissons du Rhône sont-ils les plus sensibles ? Aux grands aménagements, aux pollutions ?

De Wikigeotech
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Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.







En écotoxicologie, des tests permettent d’exposer des organismes à des molécules toxiques pour mesurer les taux de mortalité associés à une durée d’exposition. Ces tests, utiles pour définir les risques, ne permettent pas de déterminer les impacts réels en milieu naturel où de multiples facteurs interagissent.

En écologie, il n’existe pas de méthodologie pour mesurer directement la sensibilité des poissons à des modifications de leurs conditions de vie dans le fleuve. La « sensibilité » des poissons doit se mesurer de manière indirecte en combinant des évaluations à différentes échelles spatio-temporelles et à partir de plusieurs descripteurs de la structure des peuplements et/ou des populations.
En parallèle, des mesures physiques (habitats – température de l’eau – hydrologie) permettent de rechercher des facteurs explicatifs. Sur le Rhône, les suivis hydrobiologiques des aménagements hydroélectriques et des centres nucléaires ont permis de collecter des données sur un quart de siècle. Il est ainsi possible de décrire les principales évolutions structurelles des peuplements et de tenter de les interpréter.
Les effets des pollutions sur les poissons du Rhône sont difficiles à mesurer in situ, mis à part les cas de mortalités massives.


Les espèces « caractéristiques » du Rhône avant le xxe siècle appartiennent à trois grands groupes


  •  Des espèces rhéophiles, affectionnant les eaux plutôt froides, courantes et bien oxygénées, se reproduisant sur un substrat propre et grossier (graviers, galets).
  •  Des espèces plutôt lénitophiles, se développant dans les secteurs calmes et les annexes fluviales, supportant bien les fortes variations de concentrations en oxygène dissous, utilisant les plantes comme support de reproduction.
  •  Les grands migrateurs pour lesquels le Rhône et ses affluents constituaient un axe de déplacement vers les frayères à l’amont (aloses, lamproies, esturgeon) ou un site de croissance et de maturation sexuelle (anguille).


Comment expliquer les changements observés sur les peuplements de poissons du Rhône ?



La distribution spatiale et l’importance numérique de ces populations dépend en premier lieu d’une qualité physico-chimique minimale des eaux (y compris de la température), et de la diversité et de la disponibilité des habitats nécessaires à l’accomplissement des cycles vitaux. Les espèces sont dites « sensibles » aux variables d’habitat. La pression démographique humaine, l’agriculture intensive et l’industrialisation croissantes des deux siècles passés ont dégradé la qualité des milieux aquatiques et aggravé la pollution de l’eau. Les espèces les plus sensibles comme la truite et l’ombre commun ont probablement été affectées par cette pollution. L’endiguement latéral du fleuve a réduit l’espace aquatique, de manière discontinue (secteur de Jons-Miribel par exemple), par une déconnexion et/ou destruction d’annexes fluviales propices au développement des espèces d’eaux calmes.

le rhone au meandre de peage de roussillon
le vieux rhone de chautagne a la malourdie
La construction des aménagements hydroélectriques a modifié la diversité et la disponibilité des habitats lotiques (d’eaux courantes), fragmenté l’espace fluvial (donc entraîné un isolement plus ou moins radical des populations), banalisé une grande partie du linéaire, modifié les conditions d’écoulement des eaux et de transfert des sédiments.
les polluants toxiques
Ces modifications ont eu pour conséquence de limiter l’amplitude de déplacement des poissons et donc le brassage génétique, de restreindre les populations, en particulier de rhéophiles dans des habitats plus rares qu’auparavant et souvent limités aux sections court-circuitées, et de favoriser des espèces d’eau calme dans les retenues. Ainsi dans de nombreux secteurs du Rhône les populations se trouvent fragmentées et les peuplements déséquilibrés par dominance de certains groupes d’espèces.
Les effets des polluants sont souvent difficiles à estimer en raison du grand nombre de molécules véhiculées par l’eau et du manque de connaissances des effets spécifiques de ces molécules sur les poissons. Plusieurs voies sont à explorer comme cela a été fait chez le chevaine (génotoxicité, intégrité de l’ADN, taux de croissance, fécondité, succès de reproduction…).


Ce qu’il faut retenir


La plupart des espèces de poisson du Rhône possèdent des affinités marquées pour des habitats fluviaux particuliers.
L’adéquation entre leurs exigences écologiques et la nature et la disponibilité de l’habitat se traduit par le maintien des populations dans le milieu avec des effectifs compatibles avec la survie de la population.
L’aménagement du fleuve, la pollution des eaux et des sédiments ont contribué à la régression des espèces les plus exigeantes au profit des plus tolérantes, le chevaine par exemple.



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