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Le Rhône en 100 questions : 6-12 Les chasses des réservoirs affectent-elles la qualité des eaux du Rhône ?

De Wikigeotech
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Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.










Le terme de « chasse » désigne une opération visant à libérer les sédiments qui s’accumulent en amont des barrages au moyen d’un écoulement rapide.
La vidange de retenue, souvent confondue avec une chasse, consiste uniquement à abaisser le niveau du plan d’eau sans chercher à évacuer les sédiments. Mais une chasse induit la vidange totale ou partielle des retenues concernées et de celles de l’aval afin de favoriser le transit des sédiments.


Alors que la maîtrise des opérations de chasse semble acquise, les autorités suisses ont suspendu la chasse de 2006
Les autorités suisses considèrent que les risques d’inondation à Genève sont mieux maîtrisés et que les sédiments pourront transiter naturellement lorsqu’un profil d’équilibre sera atteint dans la retenue de Verbois.


Cette situation préoccupe le coté français car un retour d’expérience de plus de quarante ans avait permis de réduire très sensiblement les impacts tout en favorisant le transport solide et une meilleure gestion des sédiments dans les retenues. Elle révèle toute l’importance de la difficulté d’une bonne gestion hydromorphologique du milieu, élémentclé nécessaire au bon fonctionnement de l’hydrosystème.



Les effets réels dépassent-ils l’aspect visuel d’eaux boueuses et l’odeur qui s’en échappe, autrement dit le milieu est-il affecté à court, moyen et long terme dans sa fonction première, biologique, et dans celle de support d’usages ?




Sommaire

Quelles sont les raisons et modalités des chasses des réservoirs suisses ?


Elles concernent les deux retenues de Verbois et Chancy-Pougny entre Genève et la frontière franco-suisse. Elles visent la prévention des risques d’inondation des bas quartiers de Genève et la sécurité des barrages liés à l’accumulation de graviers et de sédiments plus fins provenant de l’Arve.

chasse de la retenue de genissiat site de bellegarde
evacuateur en lors d une chasse usine de genissiat

Les conditions hydrologiques de l’Arve et du Léman sont les principaux leviers pour le déclenchement et la conduite des opérations. Le barrage de Génissiat joue un rôle de robinet avec deux objectifs : faire transiter le maximum de sédiments vers l’aval et assurer une dilution optimale du flot chargé pour préserver le milieu et les usages.


Quelle est l’histoire des chasses de réservoirs de Verbois et de Chancy-Pougny ?


Entre la première en 1945 et la dernière en 2003, vingt chasses se sont déroulées. Les fréquences tout d’abord variables sont devenues triennales depuis l’accord franco-suisse de 1967 fixant cette période et les conditions de débits.
Pendant longtemps la mortalité de poissons sur le Rhône français a été le principal indicateur d’appréciation des perturbations. En 1965, une forte mortalité est observée jusqu’à Lyon, et la qualité des eaux d’alimentation de cette ville est affectée. Le préfet confie au Comité Technique de l’Eau (CTE), sous sa présidence, la coordination franco-suisse de l’organisation et du suivi des chasses. En 1978, suite à un problème de gestion des débits amont, l’ouvrage de Génissiat ne peut assurer la dilution suffisante pour éviter à nouveau la mort des poissons.
Amorcé en 1965, le suivi des chasses et des mesures d’accompagnement a quant à lui fortement évolué.


Comment est assuré le suivi des chasses ?


la retenue de genissiat
Sur la base de l’accord technique franco-suisse de 1967 et de ses différentes révisions, la concertation pour le suivi des chasses du Rhône avant, pendant et après les opérations de chasses associe aujourd’hui plus de cent cinquante organismes (gestionnaires, administrations, associations, collectivités et scientifiques) dans le cadre du Comité Technique de l’Eau (présidé par le préfet de Région). Les consignes d’exploitation, déterminées par les gestionnaires suisses et français, visent à concilier les exigences techniques, écologiques et touristiques.
Une attention particulière est portée sur :
  • la maîtrise et le contrôle des matières en suspension (notées MES) ;
  • la préservation des tronçons court-circuités du Rhône ;le maintien d’un débit minimum au droit de la centrale nucléaire du Bugey pour assurer son fonctionnement.

Le contrôle de l’opération est assuré  par les services de l’Etat, le principal acteur étant la CNR assistée de scientifiques et de l’ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques).

Il porte sur quatorze points de la frontière suisse à Givors avec :

  • des mesures phares comme l’oxygène dissous et les MES (cause d’asphyxie immédiate et d’abrasion des

branchies des poissons), l’ammoniaque (libéré par brassage des boues) ;

  • des analyses écotoxicologiques visant une demi-douzaine de substances dont le mercure ;
  • des analyses bactériologiques sur des sites de baignade et de captage d’eau potable avec, pour ces derniers, surveillance du colmatage ;
  • un suivi écologique spécifique des tronçons court-circuités, en particulier celui de Chautagne.


Quel est le bilan de l’opération de chasse de 2003 ?


Hors période de chasse la qualité des eaux du Haut Rhône est globalement bonne. Pendant la chasse, les taux de matières organiques soulignent une bonne qualité avec ponctuellement un déclassement en qualité moyenne pour l’ammoniaque. Les consignes pour les MES sont respectées, la fraction fine augmentant de l’amont vers l’aval, de même que la concentration en micropolluants. La concentration en micropolluants suit cette évolution. Pour la baignade, les valeurs guides des grilles de qualité bactériologique sont dépassées mais redeviennent ensuite rapidement proches de la conformité. Au niveau des captages les valeurs restent conformes à la potabilité.
Sur le plan biologique aucune pêche de sauvetage n’a été nécessaire sur les tronçons court-circuités. Les effectifs de poissons des zones refuges peu chargées en MES restent faibles et on note une diminution des connexions avec les affluents.
Le suivi 2003 révèle donc un impact limité des chasses sur la qualité du milieu et les mortalités spectaculaires de poissons telles que celles de 1969 et 1978 n’ont plus lieu.


Comment réduire encore les effets des chasses ?


le barrage de genissiat
Une typologie des mesures peut être dressée, par mise à profit du retour d’expérience :
  • préparation des chasses : concertation accrue pour la prise en compte des contraintes et exigences des différents usages ; information du public ;
  • préparation du suivi : optimisation sur la base d’un bilan affiné ; augmentation de la surveillance des zones de captage ;
  • pilotage de la chasse : choix d’une périodicité régulière ; réflexion sur le choix de la saison et recherche du débit optimum, avec en projet l’examen du déplacement de mai-juin à septembre ; maîtrise du rôle de dilution de Génissiat ; coupure partielle de l’« alimentation » des tronçons courtcircuités en eau chargée en MES ;
  • réalisation du suivi : augmentation du nombre de paramètres suivis avec fixation de seuils servant au pilotage ; modernisation et « automatisation » de certaines mesures ; suivi du comportement piscicole et suivi spécifique des tronçons court-circuités, suivi et présence sur le terrain renforcés ;
  • réalisation d’aménagements et/ou mise en place de nouvelles pratiques : la construction de la station d’épuration de Genève a déjà permis de réduire la nocivité des boues de Verbois. D’autres mesures sont à citer : aménagements écologiques de type seuils ; reconnexions piscicoles avec les zones de refuge sur les affluents ; dragages dans les retenues avant les chasses. La poursuite des tests d’ouverture des vannes de fond de Verbois pendant les crues.


Ce qu’il faut retenir


Les chasses des retenues suisses affectent la qualité des eaux du fleuve, mais les mesures d’accompagnement et certaines réalisations ont permis d’en limiter les impacts.
Paradoxalement les décisions suisses de suspendre les chasses préoccupent le coté français et font prendre conscience du rôle essentiel de l’hydromorphologie comme élément dans le fonctionnement de l’hydrosystème.
Il est probable que cette suspension ne facilitera pas l’atteinte du bon état en 2015 et notamment au regard des mesures de préservation ou de restauration du transit sédimentaire.




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