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Le Rhône en 100 questions : 3-03 À quoi servent les aménagements construits par la CNR ?

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le rhone en 100 questions multi579
Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.




Sommaire

La Compagnie Nationale du Rhône (CNR)


Créée en mai 1933 à l’issue d’un long processus qui remonte à la fin du xixe siècle, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) a pour objet, selon la loi du 27 mai 1921, l’aménagement du Rhône de la frontière Suisse à la mer au triple point de vue de la navigation, de l’irrigation et de l’utilisation des forces motrices, ce dernier point devant assurer le financement des deux premiers.
Après plus de soixante-dix années d’existence, le bilan de la CNR est loin d’être négligeable. Concessionnaire de l’aménagement du Rhône jusqu’en 2023, elle a ouvert le fleuve à la navigation moderne sur plus de 300 km et a permis l’irrigation et la protection contre les crues de milliers d’hectares. Ses centrales ont une capacité de production moyenne de 16 milliards de kWh/an, soit environ 4 % de la production d’électricité nationale (25 % de la production hydroélectrique). Son action s’est toutefois déroulée dans des contextes forts différents.


La logique électrique


barrage de genissiat
Sans entrer dans le détail de l’activité de la CNR entre 1933 et 1945, le principe est que les aménagements rentables financent ceux qui ne le sont pas. Ceci impose de réaliser en premier lieu un ouvrage hydroélectrique à forte rentabilité. La CNR est donc tributaire d’une logique électrique. Le choix se porte surGénissiat, où les travaux débutent en 1937. La crise économique sert alors de justification à l’entreprise, conçue par son président, Léon Perrier, comme un modèle pour une politique économique de  "réactivation". À la Libération, les besoins d’énergie électriques de la France sont considérables. Génissiat entre en production en 1948.

Aussi la priorité des réalisations de la CNR est donnée à l’hydroélectricité : ce sont les chutes les plus productives en kWh qui sont mises en chantier et plusieurs aménagements sont menés simultanément.

L’activité de la CNR s’inscrit dans l’esprit du temps : l’urgence de la reconstruction, le mythe de l’hydroélectricité, le gigantisme des ouvrages de ce type (cathédrales à la gloire de la technique).

De la Libération au troisième Plan (1945-1961), la CNR est donc au service de la production électrique : l’essentiel de son action s’inscrit dans le cadre d’une réponse aux besoins considérables de la nation en énergie. Le choix des aménagements, les dates de mise en travaux se font en fonction de ce critère.

Des difficultés apparaissent au début des années soixante lorsque la baisse sensible des prix des produits pétroliers et les progrès réalisés dans les centrales thermiques diminuent la rentabilité des aménagements hydrauliques autres que ceux de lacs-réservoirs, alors que le caractère indivisible du programme de la CNR (basé sur des centrales au fil de l’eau) grève les charges financières et gêne la rentabilité de ses aménagements. 

usine andre blondel de bollene
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mise en eau des turbines andre blondel
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Exemple :

Un aménageur à buts multiples 

En 1965, les calculs démontrent que, du seul point de vue énergétique, les centrales du Rhône ne sont plus rentables. Toutefois, en raison des nouvelles perspectives offertes par l’aménagement du territoire, le gouvernement reconnaît l’intérêt de l’aménagement à buts multiples du fleuve. La CNR trouve alors un second souffle. C’est la consécration du triple objectif et le retour à l’esprit des fondateurs, même si une partie de son action est désormais subventionnée par l’État.

le barrage de sault brenaz et la riviere artificielle au premier plan

Un aménageur à buts multiples


En 1965, les calculs démontrent que, du seul point de vue énergétique, les centrales du Rhône ne sont plus rentables. Toutefois, en raison des nouvelles perspectives offertes par l’aménagement du territoire, le gouvernement reconnaît l’intérêt de l’aménagement à buts multiples du fleuve. La CNR trouve alors un second souffle. C’est la consécration du triple objectif et le retour à l’esprit des fondateurs, même si une partie de son action est désormais subventionnée par l’État. 

L’objectif prioritaire devient la réalisation d’une voie navigable moderne entre Lyon et Fos-sur-Mer, dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire. Il s’agit là d’un choix politique et économique fondamental.

Avec le choc pétrolier de 1973 et le relèvement considérable du prix de revient des centrales thermiques classiques, la rentabilité des aménagements est même relancée. Les subventions de l’État sont arrêtées en 1978 et les travaux réalisés sur le Bas Rhône achevés en 1980, avec la mise en eau de l’aménagement de Vaugris. La CNR se lance ensuite dans l’aménagement du Haut Rhône, qui s’achève en 1986 avec l’inauguration de Sault-Brénaz. Les centrales sont alors exploitées et gérées conjointement avec EDF au travers de comités mixtes. 

caracteristiques des amenagements de la cnr entre 1966 et 1986
caracteristiques des amenagements de la cnr entre 1948 et 1963

Bilan et perspectives


Même si les priorités ont évolué dans le temps, force est de constater que la CNR a toujours poursuivi son but initial, c’est-à-dire les trois points de vue (hydroélectricité, navigation, agriculture). On peut même considérer que si l’indivisibilité du programme a souvent été une gêne, elle a été aussi une chance pour la pérennité de l’entreprise. L’accent a été mis tantôt sur une option, tantôt sur une autre, mais la CNR est toujours fidèle à sa vocation première. Au final, le bilan de l’action accomplie est important : outre le port Édouard-Herriot construit dès 1934 et les milliers d’hectares de terres agricoles irriguées, elle a aménagé dix-huit chutes et douze écluses à grand gabarit, créé une trentaine de sites industriels et portuaires, des ports de plaisance, des haltes nautiques et des zones de loisirs.

La loi de modernisation et de développement du service public de l’électricité, votée en février 2000 dans la perspective de l’ouverture du marché européen, permet à la CNR de tourner une nouvelle page de son histoire. Elle est aujourd’hui le deuxième producteur français d’électricité : depuis 2001, elle commercialise librement son énergie, certifiée 100 % énergie renouvelable, et elle exploite seule les aménagements du Rhône depuis le 1er janvier 2006.

Dotée d’une responsabilité dans le développement économique de la vallée du Rhône, dans la continuité de l’esprit de ses fondateurs, la CNR a lancé en 2004 le premier plan quinquennal de mise en oeuvre de ses missions d’intérêt général, basé sur ses trois missions principales, indissociables et solidaires. Les actions engagées avec des fonds propres CNR ou faisant appel à différents partenaires (état, régions, collectivités…) concernent quatre secteurs :

  • la production électrique : optimisation de la production des ouvrages existants, valorisation énergétique des débits réservés (PCH) dans le but de participer à l’objectif national d’atteindre en 2010, 21 % d’électricité produite à partir de sources d’énergies renouvelables ;
  • la voie navigable : développement (remise en navigabilité du Haut Rhône) et fiabilisation de la voie navigable (sécurité, disponibilité, qualité du service) ;
  • l’environnement : restauration hydraulique et écologique des annexes du Rhône, gestion des milieux naturels et restauration des axes de migration et de connexions piscicoles ;
  • l’ancrage local : accompagnement des initiatives locales, projet vélo-route du Léman à la mer.


Ce qu’il faut retenir


27 mai 1921 : loi qui concrétise la « formule du Rhône ».
27 mai 1933 : création de la Compagnie Nationale du Rhône.

1934 : la CNR reçoit la concession des travaux d’aménagement du Rhône.
1948 : inauguration de Génissiat, première centrale hydroélectrique sur le Rhône.
1980 : avec la mise en service du barrage de Vaugris, le Rhône
devient navigable à grand gabarit sur une longueur de 310 km.

1986 : mise en service de l’aménagement de Sault-Brénaz sur le Haut Rhône.
2000 : Ouverture du marché français de l’électricité à la concurrence (Loi du 10 février).
2003 : Parution des décrets relatifs à la modernisation de la concession et à la mise en oeuvre des statuts. Entrée d’Electrabel au capital de la CNR.
2004 : démarrage du premier plan à cinq ans pour les Missions d’Intérêt Général.



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