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Le Rhône en 100 questions : 2-10 Quel rôle joue le Rhône dans la migration des espèces ?

De Wikigeotech
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Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.





Contexte


Les cours d’eau, par leur structure longitudinale naturelle sont des axes de migration privilégiés pour tous les organismes non-fixés. La survie des espèces est généralement assurée par une phase de dispersion des individus dont le stade de développement concerné varie d’une espèce à l’autre. La complexité locale des plaines alluviales offre des mosaïques d’habitats allant des zones courantes à granulométrie grossière aux annexes calmes à substrats plus fins, souvent colonisées par la végétation aquatique.
Dans ce contexte, les espèces effectuent des déplacements latéraux, en particulier les poissons et les invertébrés. Les espèces qui ont colonisé progressivement le Rhône et ses affluents au cours des temps géologiques possèdent donc des caractéristiques biologiques et écologiques leur permettant d’optimiser au mieux leur utilisation des différents types d’habitats du système fluvial. Il existait donc, avant le cloisonnement du Rhône par les aménagements du xixe et du xxe siècle, des patrons de migrations longitudinales et latérales des espèces, les plus connus étant ceux des poissons.
Aujourd’hui, de nombreuses actions sont mises en oeuvre pour réhabiliter les voies de migration des poissons.

La colonisation du fleuve

Le Rhône constitue toujours un axe de dispersion pour des espèces non-natives qui utilisent le réseau fluvial pour agrandir leur aire de répartition (crustacés Dikerogammarus –, mollusques – Corbicula fluminea, poissons – carassin argenté, pseudorasbora, silure glane etc.).


Les poissons migrateurs


alose
L’alose, l’esturgeon
et deux espèces de lamproies, la lamproie fluviatile et la lamproie marine sont des espèces anadromes du bassin rhodanien qui se reproduisent en eau douce. Pour ces espèces, le Rhône constituait une voie de migration permettant l’accès aux frayères situées soit dans le fleuve lui-même, soit dans les affluents (i.e. la Saône et ses affluents).

Dans le Rhône, les Pertes du Rhône constituaient un obstacle naturel à la progression des espèces vers l’amont, mais quelques cas de passage d’anguilles en amont des pertes sont signalés dans la littérature. La limite supérieure de la migration de la plupart des espèces (anguille comprise) se situait donc en aval de Bellegarde, avec accès possible au Lac du Bourget via le Canal de Savières. Le passage des grands migrateurs dans le Rhône valaisan au-delà du Léman n’est pas documenté. L’édification d’obstacles infranchissables le long du Rhône a fortement restreint la capacité d’accès aux frayères et de déplacement (dans les deux sens) des grands migrateurs.

Pour l’anguille, dont le cycle est à l’inverse de celui des autres grands migrateurs, le fleuve constitue un milieu de croissance et de maturation des individus, la reproduction se déroulant en Mer des Sargasses. La remontée des anguillettes est bloquée massivement dès le barrage de Vallabrègues, bien que les anguilles empruntent les écluses de navigation, les effectifs d’anguilles décroissent à l’amont pour atteindre à Lyon des effectifs très faibles. À maturité sexuelle (anguilles argentées), les barrages et les usines hydroélectriques constituent alors des obstacles à la dévalaison et les turbines sont susceptibles de causer des blessures importantes (pertes estimées entre 10 et 15 % par usine selon des données extérieures).


Des données précises seraient nécessaires pour dresser un bilan détaillé de l’intensité et de l’amplitude des migrations d’anguilles remontant et dévalant le Rhône (effectifs, tailles…). D’une manière générale, les effectifs d’anguille européenne sont en déclin et les raisons sont multiples : surpêche, desctruction des habitats, cloisonnement des cours d’eau, parasitisme (Anguillicola
crassus).
Les espèces amphihalines (loup, mulet-porc, mulet à grosse tête)effectuaient des migrations jusqu’à Avignon (85 km en amont de la mer), leurs migrations se concentrent aujourd’hui aux derniers 65 km du fleuve, bien que certaines
espèces (mulets) franchissent les écluses.
Beaucoup d’espèces rhéophiles (aimant le courant comme truite, ombre commun, hotu, barbeau fluviatile…) effectuent des migrations, en général vers l’amont et dans les affluents, au moment de la reproduction. Les migrations latérales concernent de nombreuses espèces de poissons qui utilisent la végétation aquatique des annexes fluviales comme support de reproduction (brochet, perche fluviatile, tanche, rotengle, carpe…).

l amplitude de migration de l alose

Ce qu’il faut retenir


Le réseau fluvial est utilisé par des espèces qui s’y déplacent naturellement, activement ou passivement (dérive), pour y accomplir des fonctions biologiques importantes (notamment la reproduction).
Les aménagements du fleuve ont réduit l’amplitude des migrations et des efforts importants sont entrepris depuis 1992 pour faciliter les déplacements des poissons (« débit d’appel » dans les écluses, constructions de passes à poissons…).
Grâce à ces actions, l’alose remonte aujourd’hui pour frayer dans le Gardon et l’Ardèche et certainement plus en amont dans le Rhône.




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