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Le Rhône en 100 questions : 2-07 Le fonctionnement écologique du Rhône naturel : quelles leçons pour aujourd’hui ?

De Wikigeotech
le rhone en 100 questions multi579
Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.











Jusqu’à une époque récente, les fleuves ont été considérés comme de simples « gouttières » assurant passivement le transfert de l’eau et des sédiments de l’amont vers l’aval, et la plaine alluviale regardée comme le support physique des activités et des aménagements. C’était méconnaître ou oublier le rôle et les fonctions écologiques que remplissait le Rhône, du chenal principal aux forêts alluviales, en passant par tous les espaces aquatiques permanents, semi-aquatiques et terrestres. Ces milieux sont dynamiques ; ils évoluent dans l’espace et dans le temps.



Sommaire

Qu’est ce que la dimension longitudinale du fleuve ?


C’est la dimension amont-aval de l’écosystème du Rhône qui se caractérise par l’augmentation du débit vers l’aval, une réduction de la pente et de la vitesse du courant, une augmentation de la largeur et de la profondeur, aussi par un fort transport solide.
le fleuve dans les trois dimensions de l espace
Elle met en évidence deux types de secteurs sur le fleuve :
  •  les secteurs de tressage constitués de chenaux multiples à faible sinuosité enserrant des îles caillouteuses ;
  •  les secteurs à lit unique et sinueux (parfois à méandres), plus rares dans les derniers siècles car le tressage s’est développé.

 

Qu’est ce que la dimension transversale du fleuve ?


C’est le réseau de milieux aquatiques et semi-aquatiques plus ou moins connectés aux eaux courantes du
fleuve
. On rencontre :

  •  des bras secondaires actifs ;
  •  d’autres bras secondaires, isolés du cours principal à leur extrémité amont, qui conservent une connexion permanente avec le chenal par leur extrémité aval ; ils sont soumis aux fluctuations de débit du fleuve ;
  •  des chenaux connectés au cours principal à l’occasion des crues ; le niveau de leurs eaux stagnantes dépend des remontées de nappe et (ou) des précipitations ;
  •  des chenaux situés hors de la zone d’inondation, à l’écart des flux. 
    entree d une lone
    Ces milieux, soumis à des processus d’alluvionnement et de sédimentation, évoluent plus ou moins rapidement vers des systèmes semi-aquatiques puis «terrestres ».
  •  Les anciens chenaux de tressage, proches de l’axe fluvial, peu profonds, à substrat de granulométrie grossière et soumis à un alluvionnement minéral important, constituent des écosystèmes à évolution rapide.
  •  Le déroulement des successions écologiques est plus lent pour les anciens méandres, plus profonds, situés en marge de la plaine alluviale. Leur comblement dépend surtout de l’accumulation de matière organique liée aux peuplements végétaux qui les occupent. Les processus biologiques interviennent seuls dans le comblement des anciens méandres ; leur évolution jusqu’à l’état de marais peut durer plusieurs siècles.


Quelle est l’importance écologique des milieux annexes ?


Connectés de manière permanente ou épisodique au chenal actif, ils participent à la régulation des peuplements du fleuve.

  •  Les eaux calmes des bras morts (reliques d’un chenal qui a été abandonné par un cours d’eau, par exemple suite au recoupement d’un méandre) sont particulièrement propices à une production planctonique intense, dont une grande partie est entraînée dans le cours principal et contribue à la productivité biologique du fleuve.
  •  Les bras morts sont des zones de frayères et de nourrissage des poissons, et des zones de refuge lors des crues ou lors des pollutions accidentelles.
  •  La productivité piscicole du cours principal dépend des connexions entre celui-ci et les bras morts, celle des bras morts connectés au chenal principal étant bien plus élevée que celle de ce dernier.
  •  L’invasion des bras morts par les eaux de crue constitue un événement déterminant pour la reproduction de nombreuses espèces de poissons des grands cours d’eau. Une réduction des zones d’inondation, donc de la connectivité, par endiguement, chenalisation, barrages, etc. peut avoir des effets sévères sur les peuplements de poissons.


Les forêts alluviales constituent un filtre naturel très efficace, capable de réduire considérablement le taux des substances nutritives des eaux qui les traversent. Ainsi des teneurs élevées en nitrates d’eaux en provenance de zones cultivées peuvent être abaissées de façon spectaculaire par la simple traversée de ces boisements riverains avant de rejoindre le fleuve. Leur potentiel d’épuration naturelle doit être pris en compte dans la gestion des plaines alluviales.


Qu’est ce que la dimension verticale du fleuve ?


Elle est constituée de l’ensemble des écosystèmes souterrains du fleuve. Ils se développent dans les eaux du sous-écoulement du fleuve et dans les nappes phréatiques présentes dans les alluvions.

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une lone du rhone
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Qu’est ce que la dimension temporelle du fleuve ?


C’est l’effet du temps sur les écosystèmes. Chacun évolue plus ou moins rapidement. Par exemple, la coupure d’un méandre et son comblement complet peuvent s’étaler sur plusieurs siècles alors que le comblement intégral d’un chenal de tressage peut intervenir en quelques décennies seulement.


Qu’implique la gestion écologique des systèmes fluviaux ?


Le fonctionnement et l’évolution de l’ensemble des écosystèmes de la plaine du Rhône dépendent des eaux courantes du fleuve.


La plaine alluviale est un espace où se juxtaposent des écosystèmes différant les uns des autres par leur âge, leur structure, leur composition, et qui évoluent plus ou moins vite. Cette structure en mosaïque de la plaine alluviale était entretenue par le fleuve dont la dynamique naturelle créait des milieux neufs.
Une véritable gestion écologique des systèmes fluviaux ne peut donc être que globale. À la conception statique de conservation des milieux et des peuplements doit se substituer une conception dynamique qui tienne compte du fonctionnement des écosystèmes, des mécanismes, des processus de régénération.
C’est donc la gestion des états présents du système fluvial qu’il faut assurer et surtout celle de ses potentialités.

lone du pillet
Lorsque les vides entre les galets sont dépourvus de sédiments fins, l’eau courante du fleuve est connectée à l’eau souterraine ; il se développe alors dans les sédiments une « pellicule biologique » très productive qui résulte de l’association de la faune souterraine et d’organismes benthiques superficiels qui migrent verticalement.


Les eaux souterraines sont très fréquemment utilisées comme source d’eau potable ; leur qualité dépend largement de l’efficacité de cette pellicule biologique qui joue un rôle auto-épurateur important.


La pellicule biologique joue aussi un rôle notable dans la régulation et la résistance des peuplements d’invertébrés des milieux superficiels : ils sont protégés des effets des crues, des assèchements lors des étiages sévères, des pollutions, etc. Ils pourront ultérieurement recoloniser la zone superficielle du sédiment et participer ainsi à la reconstitution des peuplements benthiques après une perturbation d’origine naturelle (crues, étiages) ou humaine.


Ce qu’il faut retenir


La diversité et la complexité d’un hydrosystème fluvial résultent des interactions entre les écosystèmes qui le constituent et qui se développent dans quatre dimensions : longitudinale, transversale, verticale et temporelle.
Une stratégie durable de gestion des hydrosystèmes est nécessaire pour en garantir l’intégrité et les potentialités.



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